Moon Unit


L'aînée des enfants de Frank se rappelle sa première expérience avec le
succès lorsque "Valley girl", qu'elle avait enregistré avec son père, devint
le hit de l'album "Ship arriving To Late To Save A Drowning Witch"


Moon Zappa: "Ça n'a jamais été dans mon tempérament de pratiquer un instrument. J'ai pris quelques cours de harpe pendant un moment mais j'étais trop pressée de voir des résultats venir. Ce n'est pas que cela ne m'intéressait pas suffisamment c'est que j'ai d'autres intérêts qui sont bien plus importants.

J'ai toujours été attirée par le langage, toujours fascinée par les mots et j'adore le dessin que les lettres font quand elles sont rassemblées. A l'âge de deux ans je reproduisait les lettres des magazines et des bouquins, j'ai appris à lire toute seule. Surtout que j'avais des difficultés à lire à l'école et que j'avais eu mon tuteur personnel. Je pense que ce qui c'est passé est que les sujets imposés ne m'intéressaient pas énormément, alors je sifflotais et c'étais comme si j'étais absente par moments. Je crois aussi que j'étais un peu dyslexique. Le truc dont on voulait me faire parler était tellement barbant que je m'échappais. Je crois me souvenir que j'avais à lire plusieurs livres au sujet du dinosaure situé près de UCLA. Aussi j'ai fait cette étrange association entre les dinosaures et les environs de Westwood.

La chose qui m'a marquée le plus dans mes relations avec mon père est que les les autres enfants n'avaient pas la permission de venir ici. Je crois que leurs parents imaginaient que nous avions le droit de dire des grossièretés et que s'ils envoyaient leurs gosses ici, ils en reviendraient changés. Donc j'ai passé pas mal de temps chez les autres, alors qu'on auraient bien voulu venir ici car chez nous ça ressemble à une maison-arbre. Il y avait toujours quelque chose de marrant qui s'y passait. Je me souviens qu'il y avait pas mal de trucs bizarres autour de notre maison - des pièces d'art, des photographies des pochettes des albums, ces mannequins étranges. Puisque cela n'était pas le genre de choses ordinaires que l'on trouve dans une maison ordinaire, leurs parents pensaient que c'était trop gênant pour leurs gamins d'être exposés à cela. Bien sûr, maintenant j'arrive à comprendre leur point de vue mais quand vous êtes petite vous pensez seulement: "Pourquoi mes amis ne peuvent pas venir jouer ?".
J'étais en 10eme grade quand "Valley Girl" est sorti. A l'époque je passais tout mon temps dans des bar-mitsvahs, il y avait là toutes sortes de gosses dont le style de vie était si différent du mien: beuveries de bière, rébellion, existence tourmentée, plus cette drôle de façon de s'exprimer qui va avec. Je voulais aussi entendre et capter leurs dialogues, les codes, les informations, complètement tout. Cela me fascinait. Je voulais m'éclater et faire rire tout le monde.
Mon père passait tout son temps en tournées et je rêvais d'être un moment avec lui. Et quand il était de retour à la maison, il travaillait surtout la nuit et dormait le jour, aussi les seuls contacts que nous avions arrivaient dans les couloirs de la maison sur le chemin d'un verre d'eau ou d'un sandwich au beurre de cacahuètes.
Alors un jour, j'ai accroché une note à la porte du studio, c'était principalement l'endroit où il vivait, lui disant que je voulais bien lui offrir mes services et de cette manière il pourrait me consacrer un peu de son temps.
Et c'est ce qui c'est passé. Il m'a prévenu qu'il pensait avoir besoin de moi en bas au studio mais que pour l'instant il y avait quelque chose de casséou un truc dans le genre. J'étais donc aller me coucher mais au milieu de la nuit il était venu me réveiller pour me dire: "Tout est près maintenant". J'étais alors descendue et là... çà été la panique!. Je 'arrivais juste à parler!. J'ai du faire six ou sept prises et Frank les a collées ensemble. Au dernier moment il a dit simplement "Je crois que nous allons nous servir de ce matériel pour l' album".
L'autre chose dont je me souviens, alors que mon père était en tournée, est d'avoir entendu "Valley Girl" à la radio sur le chemin de l'école. Une foule d'étudiants est venue me féliciter. C"était bizarre car beaucoup de gens que je ne connaissais pas étaient subitement intéressés. Ça a été une grande leçon, vous ne savez pas à qui vous parlez et s'il y a quelque chose d'intéressant en elle.
C'est agréable aussi de focaliser l'attention sans être obligée en permanence de faire quelque chose de spectaculaire, juste par sa présence.
Mon père était reparti en tournée, c'est moi qui avaithérité de la responsabilité de toute la promotion du disque aux States. J'ai adoré ça. C'était marrant et excitant à la fois. C'était cool que des gens fassent attention à moi, alors ca m'était difficile de jongler entre mon boulot d'"adulte" et le fait d'avoir à retourner dans la salle de classe où là je restais une gamine. J'ai probablement gagné plus d'argent à quinze ans que tous les professeurs de l'école réunis. A partir du moment où "Valley Girl" est passé à la radio, je n'ai jamais plus été une gamine et j'ai quitté l'école.
Juste après ça, j'ai participé à tous ces talk-shows. Mais dans un sens tout cela s'est passé bien avant mes vrais débuts. tout ce que je me souviens est que j'étais à l'âge de la puberté et que j'essayais d'être bien dans ma peau. " Valley Girl" c'était comme du maquillage servant à cacher mes imperfections. Je suis devenue obsédée à force d'essayer de faire croire à tout le monde que je n'avais pas d'acné. Quand vous êtes un adolescent et que vous passez devant une caméra c'est ce qui vous inquiète le plus, vous ne pensez pas que vous avez une opinion vraiment importante à exprimer. A ce stade je me fichais pas mal de l'album. J'étais juste traumatisée par ceux qui me faisaient m'asseoir dans les fauteuils des maquilleuses. C'est ce que je représente cette époque pour moi.

La chose la plus drôle est que je ne prêtais pas beaucoup attention à la musique de mon père. Je crois que je la considérais comme faisant partie du décor à cause qu'elle a toujours fait partie de notre quotidien.

Quand je pense à mon père, je pense à quelqu'un qui ne s'arrête jamais, peu lui importe que ses chansons passent à la radio ou pas, puisque cela ne change rien à ce qu'il a à faire ou à dire. Il continue de créer ce qu'il a toujours voulu créer. Je pense que c'est un grand message pour ceux qui ne savent pas de quoi est faite sa musique - de savoir qu'il y a quelqu'un à la surface de cette planète qui continue simplement d'avancer, des fois même à la face des gens qui ne veulent pas qu'il avance encore, il y a là une réelle option pour les gens. Il y a un là choix". MZ