LA MERE DE TOUTES LES INTERVIEWS
Evidemment c'est mieux en ricain >jeu de mot: "The Mothers Of In-terviews" .
Traduit de l'américain par F Hérard et tiré du supplément de "Guitar Player" U.S.:
"Is FZ america's best kept musical secret?" de 1992.
copyright © Studio H
NdT: "Je vous conseille de mettre un CD de Frank dans votre lecteur car c'est long...gement enrichissant.
Act 1: le premier des trois degrés
"Ce qui débuta au téléphone par "Vous avez deux heures..." finit par devenir quatre heures deux semaines plus tard, puis plusieurs jours au mois de mai '92 et plus d'un week-end en juin de la même année. Cela devait augmenter en fréquence ainsi qu'en durée tout le long de l'été. Au téléphone ou en personne avec un magnétophone et quelquefois avec caméra vidéo jusque tard dans la nuit quand le créateur des Simsons, Matt Croening, demanda s'il pouvait venir et poser quelques questions à l'homme qu'il aimait appeler "mon Elvis à moi". Chaque personne qui travaille avec Frank vous parlera de la façon dont il repousse les limites. Nous avons vécu ce qu'ils évoquaient et quelle expérience, quelle joie... quel honneur d'avoir eu la permission d'en entendre autant. Ceci est la version condensée (!) de la plus intéressante des interviews que j'ai pu faire au cours de ma carrière, avec un des plus brillant personnage qu'il m'ait été donné de rencontrer et ce, dans la maison la plus ouverte qui puisse exister." Donn Menn.
Donn Menn: Qu'est-ce qui vous a amené à écrire de la musique ?
Frank Zappa: J'aimais le look que ça avait.Où en aviez vu auparavant ?
Tout le monde a vu au moins une partition dans sa vie.L'étudiez-vous à l'école ou c'était quelque chose dont vous vous serviez comme batteur ? (cf Zappa a débuté par la batterie)
Non, à mes débuts je faisais pas mal de dessin, de modelage, de peinture, ce genre de choses. L'art m'intéressait et j'ai toujours aimé la façon dont la musique est écrite. J'aimais écouter de la musique mais quand j'ai commencé à l'écrire j'ai été séduit par l'apparence que cela avait.Quand avez-vous commencé à écrire la musique?
Autour des 14 ans je crois.Et c'était au stylo?
Oui, c'était un C5 Speedball.Et c'était avant que vous ne touchiez à la guitare?
Ouais, je jouais encore de la caisse claire dans un orchestre à cette époque.Étiez- vous capable d'entendre ce que vous couchiez sur le papier ?
Absolument pas. Je n'avais pas la moindre foutue idée (fucking idea) de comment cela pouvait sonner. Je veux dire, j'étais si ignorant que je pensais que tout ce qu'il y avait à faire était de choisir une idée pour son look, de l'écrire et finalement de trouver un musicien capable de la déchiffrer - et que c'était tout ce qu'il y avit à faire. J'étais complètement naïf. Heureusement pour moi, il n'y avait personne aux alentours capable de la lire... si tant est, j'aurais probablement arrêté ma carrière prématurément.Avez-vous une idée du nombre exact des pièces que vous avez écrites ?
Non, ça se mesure en centaines.Charles Ives avait l'habitude d'empiler la musique qu'il voulait classer et la mettait dans la grange après un certain temps. Avez-vous le même sentiment d'accumuler des créations qui ne seront jamais entendues?
Oui. Et bien je savais que la majeure partie d'entre elles ne seraient jamais jouées à partir du premier jour où j'ai commencé à les écrire. On peut soi-même les entendre quand on est en train de composer - quand on a dépassé le stade graphique. Il y arrive un moment, en les dessinant sur un bout de papier, où vous êtes conscient de ce que ces symboles représentent en terme de manière dont cela doit sonner, si vous demandez à quelqu'un telle ou telle chose. Une fois que vous avez compris quel est le résultat audible de ces drôles de signes que vous passer votre temps à dessiner alors vous l'entendez vous même comme un compositeur peut le faire.Plusieurs compositeurs contemporains, justement, ont abandonné parce que leur travail ne pouvait être entendu par personne. Charles Ives a dit une fois que la raison pour laquelle il était rentré dans une compagnie d'assurance était qu'il pensait qu'en faisant de la musique commerciale ç'aurait été mauvais pour sa vie familiale d'être en conflit avec le fait que sa musique se vende ou pas. Il pensait que cela serait mauvais pour lui car il aurait toujours été torturé par la même question et que finalement cela aurait donné de la mauvaise musique. Qu'avez-vous fait pour éviter de devenir un cadre dans les assurances ?
Et bien cela est sans doute un des plus grands mystères de l'histoire de la musique, à savoir comment j'ai été capable de m'offrir le luxe de faire ce que j'aime et surtout d'en vivre. Une piste est que j'ai commencé très tôt, à une époque où dans le business si vous faisiez quelque chose de bizarre, vous pouviez être signé et obtenir un contrat - oh pas un contrat mirobolant - mais vous pouviez au final obtenir un contrat correct pour enregistrer un disque. Et vous pouviez fidéliser un public par la façon d'être perçu en faisant cette chose bizarre. Aujourd'hui ce serait impossible pour quiconque d'avoir un contrat et de faire ce que j'ai fait. Ensuite après que mon premier contrat eut expiré, j'ai cherché une alternative pour rester dans le business sans devenir une victime des compagnies de disques. Cela m'a finalement permis de créer ma propre compagnie de disque ce qui n'est pas exactement la mêm chose que finir un vendeur de contrat assurances. Mais il n'y a aucune comparaison économiquement parlant entre le fait d'être un artiste assigné à un label et celui d'être un cadre de maison de disque. Parce que même si je ne vend pas énormément de disques, le montant de ce que je récolte par leur vente en étant ma propre maison de disque fait toute la différence.Savez vous si votre public d'aujourd'hui est le même que celui de vos débuts ?
Vous voulez dire, est-ce que les gens qui achètent mes disques sont les mêmes qui les achetaient en 1964-'65?Oui, la foule des adorateurs des Mothers of Invention.
Non. Je sais définitivement que cela n'est pas le cas, ne serait-ce que par les lettres que je reçois et qui proviennent de toutes les tranches d'âge. Je n'ai pas d'échanges ou très peu avec ceux qui pourraient correspondre au profil d'un fanatique des premiers Mothers of Invention. Il en reste quelques-uns mais au fond ce qu'ils aimaient c'est les tout premiers disques. Et c'est tout ce qu'ils achètent. C'est comme çà.Quelle processus d'organisation ou d'idées utilisez-vous quand vous créez ? Est-ce que vous asseyez simplement en vous disant: "Cela sera une partie en 12 tons" ou "On va improviser cette section" ? ou alors dans l'élaboration d'un morceau vous contentez-vous d'ébauches que vous rassemblez ensuite intuitivement ?
Cela dépend de quel travail il s'agit. Lorsque cela commence par l'écriture, c'est juste écrit: c'est un concept graphique. A mes débuts, quand je trouvais un morceau en douze tons, je pensais: "Géant, maintenant tout ce que j'ai à faire est de garder ces douze notes dans l'ordre et il n'y aura pas de problème, je n'aurai pas à m'en faire sur la façon dont ça sonne parce que la valeur intrinsèque est déterminée arithmétiquement par la beauté dont j'ai manipulé ces douze notes tout en étant sûr que l'on n'entend pas la note n°1 avant que la n°12 ne soit jouée".
Je fonctionnais comme ça à 17-18 ans. J'ai finalement eu la chance d'entendre ce que cela donnait et je n'ai pas aimé ce que cela rendait, aussi ai-je définitivement arrêté cette façon de faire.C'est votre truc la musique sur douze tons?
Ouais, j'ai entendu quelques pièces sur douze tons d'autres compositeurs que j'ai aimées, ce qui est une des raisons pour lesquelles j'ai été dans cette direction, mais comme chaque système, il s'est révélé trop limité pour moi. Je me suis posé la question de base: "Si la valeur intrinsèque d'une musique dépend de son pedigree sériel, bordel, qui peut savoir si c'est bon ou non ?... Seulement les personnes qui s'assoient avec une partition et un miroir déformant et découvrent avec quelle grâce vous avez ordonné ces notes ?" Aussi ai-je commencé à aller du côté de ce que vous pourriez appeler un style plein d'emphase. C'est ce qui pouvait sonner le mieux pour moi pour x raisons, des fois c'était une dissonance accidentelle ou un joli accord de violons changeants ou des fois cela passait par un rythme appuyé dans le lointain.Alors vous êtes réellement en interaction avec votre propre travail et tous les éléments musicaux que vous avez bâtis au fil du temps en sont les éléments d'organisation.
C'est comme être cuisinier. Si vous êtes un très bon cuisinier et que vous avez suffisamment d'argent pour acheter d'excellents ingrédients et un bon équipement alors vous pouvez cuisiner n'importe quoi. Tout ce que vous aurez besoin c'est d'une "patte" facilement identifiable. Mais si vous n'avez pas tout ce matériel et ces ingrédients délicats, que vous ne possédez pas de livre de cuisine et que vous persistez à vouloir manger correctemnt et que personne ne veuille cuisiner pour vous, vous feriez mieux de trouver un autre moyen d'improviser ce repas. C'est de cette façon que tout s'assemble.N'avez-vous jamais spécifiquement essayé d'imiter une forme classique comme un concerto dans le sens noble du terme ?
Non, j'ai tout appris à propos de ces choses pendant mes études et il me semble que la raison pour laquelle ces formes ont existé était que les gens avec une imagination limitée pouvait comprendre l'intention du compositeur. Pas mal de ces formes étaient imposées par la royauté, qui insistait pour que tout soit bien compartimenté comme ci et comme ça. Et si vous ne vous y pliez pas, cela n'était pas acceptable pour la consommation du roi.J'ai étudié la théorie et l'harmonie avec un homme qui croyait fermement que la musique pouvait refléter les sons de n'importe quel époque et cette théorie par rapport à l'époque de Bach et de Mozart n'est pas très valorisante pour notre époque et notre musique. En termes de reflets de notre époque moderne et de sons, jusqu'où peut-on aller dans le sampling, la parole, le marteau-piqueur ou les bruits de femme au travail ?
J'ai un très bel enregistrement de marteau-piqueur qui est inclus dans l'album que je viens juste de terminer la nuit dernière -Phase III. J'ai mis des marteau-piqueurs dedans.
C'est un très bel enregistrement digital que j'ai effectué pendant la construction de notre nouvelle cuisine. Je pense que mon intérêt pour cela vient du concept de Varèse d'organisation du son. Mais la question musicale que je me pose est: qu'est ce qui constitue une organisation ? En d'autres termes, si vous avez un remarquable enregistrement de marteau-piqueur et que vous décidez de le mélanger à un très bon enregistrement de femme au travail, avez-vous organisé quoi que ce soit ou non ? A quel moment composez-vous et à quel moment collectez-vous?...C'est intéressant d'écouter ce que Stockhausen ou Boulez peuvent faire avec une musique à douze tons, où la beauté naît de ce qui est potentiellement une approche très rigide et dogmatique du processus de création. C'est de là que vient l'élément artistique?.
Well, l'élément de beauté est joliment subjectif par ailleurs. Vous pouvez écouter ces uvres et en admirer l'organisation, mais ce que vous entendez est le résultat de ce que les instruments jouent. Et si vous aimez ces instruments et la manière dont ils sont joués, il faut savoir que ce vous êtes en train d'écouter est la réponse des molécules d'air activées par une série d'instructions couchées sur le papier qui sont ensuite exécutées par des musiciens. Lesquels musiciens agitent aussi des molécules d'air, qui agitent ensuite le microphone, et vous, vous écoutez et prenez votre décision. Ce même morceau joué par n'importe quel autre groupe d'instruments, marteau-piqueur ou femme au travail, ayant le même pedigree sériel ne sera pas forcément aussi marrant à écouter.Avez-vous appris en lisant des livres sur le contrepoint et...
Non, je n'ai jamais étudié le contrepoint et je ne pourrais jamais comprendre cela. Je toujours haï tout ce qui concernait les règles, exception faite de la musique sur 12 tons, parce que c'était trop simplet. C'était aussi débile que de prendre un stylo, un morceau de papier et de l'encre Higgins et de seulement écrire de la musique. Quelles que soient les lois du contrepoint et tout ce qui constitue un bon contrepoint ne pouvait me forcer à faire çà et j'ai pu difficilement les étudier à travers les traités d'harmonie parce que toutes les formules que vous étudiez à l'école semblent affreusement banales. Chaque fois qu'un exercice était à l'étude, vous vouliez écouter ce que les partitions étaient supposées rendre. Tout ce que je pouvais entendre était l'injonction de la normalité sur mon imagination et je me demandais constament pourquoi étais-je obligé de me polluer l'esprit avec toute cette merde (shit) puisque si j'avais été bon pour ce genre de chose j'aurais définitivement raté ma carrière de toutes façons.Quand Charles Ives était à Harvard, vous le rendiez dingue par la façon dont vous la lui décriviez, et vous aviez écrit à von père en disant: "Ce gars pense résoudre mes partitions mieux que moi" et votre père vous avit répondu: "Demande à ton professeur des compositions que tu ne veux pas résoudre".
Et bien vous pouvez dire cela à votre professeur si vous avez ce genre de relation avec lui. Je veux dire, je n'ai jamais vraiment eu de professeurs. Les cours d'harmonie que j'ai suivi c'est parce que j'étais un grand indiscipliné à la fac et on m'avait donné la permission de prendre des cours d'harmonie au collège voisin. Ils se figuraient que la cause pour laquelle j'étais délinquant était que mon esprit n'était pas occupé. Aussi m'avaient-ils laisser suivre ces cours au collège alors que j'étais étudiant. Le gars qui enseignait là s'appelait Mr. Russel, c'était un joueur de trompette de jazz, je ne crois pas qu'il aimait énormément l'harmonie par ailleurs, c'est peut-être pour ça qu'il enseignait. J'ai du lui dire: "Hey , il y a des partitions que je ne pas résoudre et il a dû me répondre:"Et bien tu récolteras un D si tu ne les résouds pas."Quel bouquin vous avait-il donné? Était-ce l'Harmonie selon Walter Piston?
Ouuii, c'était Piston!.C'était dur de ne pas s'endormir avec lui!.
Vous vous souvenez ? De toutes façon, je n'aime pas lire. Cela m'est difficile de digérer n'importe quelle information par ce biais. Je ne suis bon que pour les journaux d'information. Paradoxalement avec tout l'équipement digital que j'ai acqui, je n'ai pratiquement jamais consulté une seule documentation. J'ai simplement appris comment ça marche en me faisant expliquer par quelqu'un d'autre. Ensuite après avoir appris les rudiments de base, je trouve des astuces pour que le système puisse faire son boulot aux moyens de trucs qui n'ont jamais figuré dans le bouquin.C'est la meilleure façon d'apprendre.
Les équipements digitaux, même les meilleurs, sont souvent accompagnés de jolis manuels techniques. Ce n'est pas seulement qu'ils sont très ennuyeux à lire, ils sont aussi très incomplets. Et dans le cas de certaines tâches que j'effectue avec mon matériel et bien les fabricants eux-même n'ont jamais envisagé qu'une telle chose puisse être accomplie de cette façon. Donc même si vous avez lu le bouquin de bout en bout, vous devez encore appeler la compagnie et leur demander: "Est-ce que cela ce fait ? Si ça ne ce fait pas, peut-on mettre ces deux câbles ensemble pour le faire ou non?...Combien de temps travaillez-vous par jour ? Avez vous un emploi du temps régulier ?
Je travaille autant d'heures par jour que je peux me le permettre physiquement. Le plus c'est 15 heures actuellement.Sept jours par semaine ?
Ouais, 8 si je le pouvais.Prenez-vous de courtes vacances?
Quand je suis fatigué, je vais dormir.Comment organisez-vous votre temps de travail ? Est-ce une heure d'écoute, une heure de pratique, une heure de révision, une heure d'écriture ?
Cela dépend du boulot dont je m'occupe. Par exemple, ces deux derniers mois, je me suis investi durement dans la production de disque (ndt -Frank remasterise ses anciens albums) et une journée de production de disque est différente d'une journée de travail au Synclavier. Normalement je me lève, je prend quelque chose à manger, je descend les escaliers et je vais directement au Sonic Solutions ( Le système d'édition des masters des CD de Frank). Je transfère les bandes sur le disque dur et commence à les écouter, à les équaliser, à construire des trucs. Ensuite après qu'un album ai été réalisé je le transfert sur le disque dur et je continue... D'habitude je travaille la nuit pour faire ce genre de choses. Nous avons un ingénieur (Spencer Chrislu) qui travaille de 9.00 à 19.00 heures quatre jours par semaine. Mon emploi du temps déborde sur le sien. Je lui donne les instructions sur ce qui nécessite un mixage, comment je veux que cela soit fait et il s'occupe de tout ça. A ce moment je file me coucher vers les quatre ou cinq heures et je me réveille dans l'après-midi. A ce moment là il a fini le mix ou il est sur le point de le mettre sur bande. Je m'assois alors avec lui de, je dirais, 16.00 heures à 19.00 heures et supervise les mixes. Ensuite je prend une heure pour manger et aux alentours de 20.00 heures je suis de retour au Sonic Solutions. J'ai l'habitude de travailler la nuit jusqu'à 4.00 ou 5.00 heures du matin.Avez-vous déjà perdu des morceaux lors d'un plantage d'ordinateur ou d'un froissage de bande?
Oui.Comment conservez-vous vos travaux, où les rangez-vous?
Well, conduire Le Sonic Solutions c'est un peu comme jouer avec des isotopes, parce que vous ne savez jamais quand cela va vous jouer des tours. C'est une machine fantastique, mais il y a des bugs incroyables dans le logiciel qui peuvent vous faire des choses très méchantes. La chose avec laquelle vous devez apprendre à vivre est un petit signal qui surgit à l'écran de temps en temps pour vous dire:" La mémoire libre est maintenant inférieure à 250 MB. Vous êtes priés de fermer les fichiers que vous n'utilisez pas ou redémarrez dans l'ordre pour nettoyer la mémoire-système." Si vous n'obtempérez pas ou si vous n'arrêtez pas ce que vous êtes en train de faire pour rebooter, ce qui prend environ 5 minutes, cela vous efface aléatoirement toutes les fichiers du disque dur. Je ne sais pas pourquoi. C'est comme s'il avait construit son propre virus.En avez vous parlé au fabriquant ?
Oh oui, nous n'avons pourtant pas été choisis comme site de test de la version Beta, mais je peux vous garantir que s'ils n'ont pas pris en considération d'intégrer quelques unes de nos réclamations quand il mettront à jour leur software ou leur hardware, il perdront un bon client. Une des raisons qui m'a fait choisir ce machin est qu'il permet d'éditer en multi-channel, pas uniquement en stéréo. Pour la préparation de ce projet en Allemagne, nous avons réalisé un mix de six canaux du Synclavier et d'autres choses encore et j'ai besoin d'un matériel qui me permette de coller ces choses ensemble. Aussi j'ai obtenu d'eux cet upgradé-multi-channel système et depuis le premier jour il ne fonctionne pas!. Ils m'ont envoyé leur ingénieur foutre le bordel ici autour de ce machin, c'est incroyable. Je n'ai toujours pas signé le chèque et je leur ai dit que le jour ou le système marcherait ils auraient leur argent.(Ed. Note : A ce jour la compagnie à été payée; le système fonctionne )Existe-t-il beaucoup de ce type de machine?
Je ne sais pas. J'espère qu'il y en a des milliers parce que je veux que cette compagnie perdure car c'est une bonne machine. Les choses que je peux faire! Je veux dire, imaginez un système à base de Mac qui pilote un logiciel capable de retirer automatiquement les clics et les cracs et le bruit de fond d'une bande? Le logiciel de suppression de bruit pour ce truc - que je n'ai pas encore acheté parce que trop cher - mais je pense que j'aurais quelque chose comme ça quand je commencerai sur le catalogue de toutes les veilles bandes. Tout ce que vous avez besoin c'est seulement d'un petit échantillon du chuintement de la bande ou du bruit de la pièce ou de n'importe quoi que vous voulez éliminer, comme le plus petit chuintement de l'amorce de papier, là où la prise de son débute et la machine prend un cliché de ce bruit. Et elle se fabrique un filtre, vous jouez la musique à travers ce filtre, la musique reste et le bruit s'en va.Supervisez-vous toutes les représentation de vos uvres contemporaines ?
Non, j'ai arrêté de le faire après mon expérience avec le London Philarmonic Orchestra.Qu'est-il arrivé ?
J'ai réalisé deux albums et il y avait eu un concert "live". La sortie du premier album a permis à certain public de savoir que cette musique existait. Depuis la sortie du premier album, il y avait eu pas mal d'interprétations à travers le monde et à chaque fois qu'un orchestre demande à jouer ma musique, il compte systématiquement sur ma présence lors de la représentation. Et c'est tout bonnement impossible. Ces personnes permettent à peine qu'on les fasse répéter. Ils vont m'offrir un billet d'avion juste pour les rejoindre et écouter leur travail?Kent Nagaro a dit que travailler avec vous est une expérience merveilleuse car vous vous investissez avec les musiciens de l'orchestre: écoutant leur idées, les traitant avec douceur et même quelquefois en changeant vos idées originales. Avez-vous eu un succès équivalent avec les orchestres de Zubin Mehta ou de Pierre Boulez?
Travailler avec Zubin était assez froid et sec. La direction de l'Orchestre Philharmonique de L.A. pensait que ce serait un concert à succès, mais ce n'est certainement pas le contenu musical qui les motivait! En fait c'est comme si j'avais eu à acheter le privilège d'entendre ma musique interprétée par l'Orchestre Philharmonique de L.A. Afin de préparer les répétitions de l'orchestre, j'avais eu à prendre en charge le coup des copies, ce qui en 1971 représentait quelque chose entre 7000 et 100.000 dollars. Depuis ce concert je n'ai jamais eu à refaire une chose pareille. Plus le fait qu'ils n'acceptaient pas que j'enregistre une bande de la représentation même pour mon usage personnel. Ils m'ont dit que si je voulais le faire, je devais rémunérer le syndicat des musiciens (Orchestra Musician's Union Scale). En fait il n'y a eu que deux répétitions pour toute l'uvre et, you know, c'était une formation classique qui jouait dans un stade de basket!
Et çà s'est fait comme çà...
En ce qui concerne mon travail avec Boulez, d'aussi loin que je me souvienne, les musiciens étaient quand même différents. Pour commencer ils étaient moins nombreux et je me rappelle avoir eu des conversations mémorables avec certains. Quelque-uns m'avaient même demandé d'écrire des soli pour eux. Un des cuivres était aussi à la tête du Quintet qui travaillait avec l'Ensemble Intercontemporain de Boulez et il désirait que je lui écrive de la musique pour cuivres. Il n'était pas rare que des percussionnistes viennent aussi me voir pour me demander aussi de la musique... mais je n'ai jamais vraiment répondu à leur attente faute de temps.
J'adore "Perfect Stranger"!
Et bien vous allez adorer la nouvelle version qui sort sur CD. A sa première sortie, Angel en avait pressé 5000 copies. La musique numérique en était à ses balbutiements et je n'ai jamais été enthousiasmé par le son des premiers CDs. Ça n'a jamais été très proche de ce que çà donne vraiment avec des musiciens dans une vraie salle. En juillet dernier, on a équipé le studio d'une nouvelle console Neve qui est beaucoup plus propre et sonne mieux que la "vieille" Harrison que nous avions depuis 10 ou 12 ans déjà. J'ai donc remixé "Perfect Stranger" et les nouveaux mixs figurent sur le nouveau pressage.Vous avez ressorti pas mal d'albums sur CD, est-ce pour nettoyer le passé ?
Si tant est que cela puisse se faire!..J'ai reçu quelques avis négatifs sur le nouveau mixage des premiers albums. Mais maintenant que j'ai la "Sonic Solution", il est possible de retourner vers ces premiers albums des Mothers Of Invention, de reprendre les mixes originaux, de les passer au travers de l'appareil et de les nettoyer professionnellement en restant fidèle au son original. De quoi contenter les puristes de la première heure et tout ceux qui viendront après.Les gens regrettent toujours le passé. Certains persistent à croire que le vinyl est supérieur au CD. Est-ce que cela empêche la musique d'être ce qu'elle devrait ?
Je pense que la stratégie des majors-compagnies en ce qui concerne le CD est la partie la mois intéressante du travail artistique! Une des choses dont les collectionneurs raffolent est la sensation de tenir dans ses mains une pochette d'album bien conçue. Il peut y avoir un réel contenu à l'intérieur, mais rien ne remplace une pochette que l'on peux lire et des photos qui présentent bien. C 'est le défaut des CDs: c'est juste un petit carré de plastique.Mes vieux yeux ont du mal à déchiffrer les petites mentions qui apparaissent dans les livrets des CDs.
Ça tombe bien: je ne les lis pas moi-même car mon acuité visuelle s'en est allée avec l'âge et je n'utilise que très rarement de microscope pour déchiffrer ces trucs!. c'est uniquement quand j'ai besoin d'une information vitale que je chausse mes lunettes pour déchiffrer le livret. J'aime pourtant le CD parce que c'est très pratique et que cela sonne mieux à mes oreilles que le vinyl que j'ai toujours détesté à cause de la pauvreté de sa dynamique et de l'intrusion de tous ces petits craquements.Quel a été votre premier concert de "musique sérieuse" ?
Et bien la toute première fois c'était en 1962, au Mount Saint-Mary's College.A quelle occasion ?
J'ai dépensé 300 dollars pour réunir un orchestre au collège et le produire pour un petit concert. Peut-être moins de 100 personnes ont dû y assister et le résultat a été enregistré et diffuser par KPFK (Ndt- radio). L'année dernière, un fan d'Angleterre qui en détenait une copie m'a fait parvenir une cassette mais je n'ai pas eu le courage de l'écouter.Cela vous effraie ?
Non, mais écoutez: tout ce qui prend place dans l'instant doit être budgeté. Ecouter requiert de la disponibilité. Charger du "matériel" sur votre disque dur prend du temps et je suis très conscient du temps que cela prend de s'occuper de certaines choses. Je limite donc le temps d'écoute récréative et j'essaie de passer le maximum de temps possible à la production et au travail.Avant de devenir une star du rock'n roll au début de votre carrière vous étiez surtout intéressé par la "musique sérieuse".
A l'époque où j'étudiais en 1958, je n'avais toujours pas composé de rock'n roll pourtant je jouais dans un petit groupe. Je n'en ai pas écrit avant l'âge de 20 ans. Toute celle que j'écrivais à l'époque consistait en de la musique de chambre ou orchestrale et aucune n'a été jouée avant ce concert au collège de Mount St-Mary.Et cela sonnait comme vous le vouliez ?
Oh non, c'était de la vielle balle, un assemblage de textures hideuses.Vous avez commencé alors à vous éloigner de ce chemin et vous vous en êtes éloigné de plus en plus au fil des ans.
Exactement, en fait ce concert impliquait des bruitages sur bande. C'était de la musique électronique et sur une bonne partie des morceaux il y avait ce petit magnéto Wollensak qui s'égosillait derrière, diffusant, au moyen d'un haut-parleur mono des sons qui étaient sensés se mêler aux instrument classiques. Il y avait aussi des moments d'improvisation et pas mal de techniques expérimentales.Varèse ne faisait pas ce genre de choses. Qui vous influençait pour cela ?
A cette époque, j'avais déjà écouté du Stockhausen. J'avais déjà écouté Boulez et aussi Pierre Schaeffer. J'avais un horizon musical plus élargi qu'avec mon premier album de Varèse et même si posséder CA était comme le but final, je vivais alors à Lancaster (California) et j'essayais d'avancer avec ce genre de compos. J'étais très solitaire à cette époque. Nous ne roulions pas sur l'or et les albums étaient chers. Si vous choisissiez d'investir dans cette sorte d'objet auditif, vous pouviez être sûr que vous alliez l'écouter jusqu'à ce qu'il tombe en poussière. Vous vouliez en avoir pour votre putain d'argent. Toute mon éducation musicale vient du vinyl et de sa pochette carrée... où on pouvais lire dessus -et certains de ses albums avaient des annotations très utiles.Vous arriviez à vous les acheter vous-même ?
J'économisais sur mon argent de poche pour me les acheter, ils étaient trop larges pour être taxés! - Ha, si Stockhausen avait été en 45 tours !...Auriez-vous voulu en apprendre plus et plutôt ?
Bien sûr ! si seulement il y avait pu y avoir ce genre de musique sur 45 tours qu'on puisse glisser dans le pantalon ou sous la chemise !
J'aimerais préciser qu' à peu près 3% de ma collection de 45 tours de R'n'B (NdT: c'est pas du arènebi) ont été acquis au travers de moyens illicites, mais pas les albums!.J'ai grandi à Kansa City et je me rappelle avoir entendu Chostakovitch quand j'étais petit garçon et l'avoir apprécié, mais Varèse et Stockhausen étaient introuvables chez le disquaire. C'était comme entendre de la musique noire à la radio.
Toutes ces choses peuvent être dangereuses pour l'esprit d'une jeune personne. Dans certains états comme le Kansas vous pouviez risquer la peine de mort en distribuant ce genre de musique!Au Moyen-âge jouer à la tierce était "verboten" parce que considéré comme trop beau et nécessairement issu du diable. Pareil plus tard: jouer le triton était interdit par la loi car perçu comme préparant son arrivée. Et il n'y a pas si longtemps de cela, dans le sud, à l'époque où Robert Johnson s'acharnait sur sa guitare acoustique, le blues était synonyme de prendre le diable par la main. Qu'est ce qui ce passe avec la musique qui effraie tant les gens ?
Vous avez juste à vous à vous souvenir de cela: qui est en train de juger ? La vraie question est: si quelqu'un doit écrire à propos de la musique, pourquoi mentionne-t-il si souvent le diable dans un tel contexte ?C'est justement ce que je vous demande!
Cela vous en dit plus sur la mentalité des critiques que cela ne vous renseigne sur les auditeurs because le but de celui qui écrit sur la musique est de se grandir lui-même. Il existe une seule raison valable d'écrire sur la musique: parce que vous vous considérez vous-même comme étant un critique valable et que vous voulez être reconnu comme tel par le public pour lequel vous écrivez. La finalité de votre existence se résume à écrire sur quelquechose que vous n'êtes pas capable de faire. Le trait commun que j'ai remarqué chez la majeure partie des critiques musicaux, que ce soit de rock ou d'autre chose, leur principal intérêt se résume à quelle taille aura ma colonne?. Beaucoup de gars restent aussi dans la critique musicale uniquement parce qu'ils sont incapables de faire autre chose. Ce qu'il faut se rappeler c'est qu'au temps des premiers critiques musicaux, ces gens-là écrivaient pour un public très limité puisque pas grand monde ne savait lire à l'époque. Et ce qui savaient le faire étaient surtout des religieux ou des notables, aussi cela ne me surprend pas de découvrir assez souvent des références au diable. Et s'ils ont un bizeness avec le diable c'est pour qu'il les aide à inventer:"le fils de pute qui gardera les mangeurs de patates dans le droit chemin".Kent Nagano a dit avoir une conversation avec vous sans fin à propos de l'art et du divertissement. Il dit que vous pensiez que toute forme d'art est promise au divertissement, alors que lui pensait qu'il devait être forcément quelque chose de plus.
Oui, je ne comprend pas vraiment les gens qui pensent que l'art serait un antidote au divertissement. Quelque chose qui ne devrai pas vous donner un réel plaisir. Qu'est-ce qui ne va pas dans ce raisonnement. Je veux, l'idée de l'art rédempteur - cela sonne un truc de l'East Village.Du snobisme de la part d'une élite peut-être ?
Je ne sais pas si je qualifierais cela en ces termes parce que j'en suis arrivé à croire que le snobisme concerne tout le monde. Chaque catégorie sociale a son propre snobisme. Vous n'avez pas besoin d'être un mec en un haut de forme et cravate pour être un snob. Vous pouvez être snob et camionneur. Il y a toujours quelqu'un qui n'appartient pas à votre clan. Vous êtes en permanence à la recherche de quelqu'un pour le dominer socialement ou parce qu'il est en dehors de votre groupe social. Aussi pour descendre quelque chose décrivez le comme étant "un phénomène extra-terrestre" ce qui en terme de snob veut dire pas terrible. C'est une étrange idée, pour moi de penser que plus une expérience est tenue, plus elle est artistique. Plus le tableau est hideux, meilleur est l'art. Qu'est-ce que vous voulez dire ? Qui a besoin de cette merde ? La plus abominable des compositions, même si elle est bien conçue, vous force-t-elle à la "consommer" parce que quelqu'un a dit que c'était artistique ou la contemplez-vous parce qu'elle vous plaît ?Aussi souscrivez-vous à l'idée que les artistes sont des gens meilleurs que les autres ?
Je ne pense pas qu'ils sont meilleurs, seulement différents.Différents comment ?
Je pense seulement qu'il y a une différence entre créer une pièce de musique et éditer un chèque... bien que!. Les créatifs émettent des chèques mais les gars au Congrès n'écrivent que très rarement de sonates.Pourquoi pensez-vous que les politiques interrogent si peu souvent les artistes ? Quel est le problème avec le message artistique ?
C'est très menaçant pour eux parce qu'il y a toujours une chance pour qu'un artiste laisse parler son esprit, ce que ne fera jamais un politique même s'il en meure d'envie!Vous avez dit que la musique grinçante ne doit pas nécessairement être écoutée. Quelle considération doit apporter un artiste dans la présentation et la création par rapport à son public ?
Vous devez avoir en permanence à l'esprit l'image de ce que voulez faire. Et en ce qui me concerne, je dois avant tout aimer çà et si je l'apprécie c'est que c'est bon et je le fais. Et si quelqu'un d'autre aime ça aussi c'est encore meilleur, sinon c'est quand même un peu trop moche!Pensez-vous que pendant toutes ces années vous avez été capable d'atteindre un niveau qui vous permettait d'être satisfait artistiquement et par la même occasion d'atteindre un public suffisant ?
En fait la plus grosse difficulté que j'ai rencontrée est de distribuer mes produits parce qu'il y a toujours d'énormes pressions pour vous empêcher d'être indépendant.La tyrannie des stations de radio, je présume?
Ce n'est pas seulement la radio, j'ai fait l'expérience de chaînes de distribution de disques chrétiennes qui refusaient de référencer mes disques. L'exemple le plus récent a été Billboard il y a un an, un an et demi. Cette chaîne de distribution de l'état de Washington a refusé de référencer mes disques et particulièrement les albums instrumentaux.A cause de votre langage trop crû ?
Laissez-moi dire qu'il n'y a rien sur mes Lps qui n'ai pas été dépassé de loin en ce domaine par n'importe quel album de rap, rap qui soi-dit en passant fait la fortune des majors compagnies. Rien dans les textes à connotation sexuelle qui n'ai été renvoyé aux oubliettes plusieurs fois par d'autres productions, rap ou dance. Ce qui est le plus chiant dans l'affaire c'est que les gars qui passent après moi savent que je ne pourrais pas fermer ma gueule, que je repartirai encore une fois au combat, ils ne sont pas idiots. Un des traits les plus marquant de notre société est cette continuelle conspiration contre la liberté de conscience. A chaque niveau du gouvernement on s'efforce de réduire l'éducation et de réprimer chaque individu ou groupe qui s'obstinerait à tirer bénéfice du premier amendement de la Constitution. Le message contemporain, le sous-titre de la vie moderne, c'est de laisser votre putain de bouche fermée et de vous conduire comme un robot. Le gouvernement est engagé dans une telle voie, avec un désintéressement total en matière d'éducation, qu'il est en train de perpétuer cette stupidité qui rend possible d'avoir une nation entière rivée à son téléviseur, jusque tard dans la nuit , devant des programmes télés commerciaux, la carte de crédit dans la main. Ou voulez-vous que des choses pareilles existent, si ce n'est que produites par le désastreux système d'éducation américain.Pour vous est-ce une constante historique ou une tendance qui empire ?
Une fois que vous avez mis le doigt dans cette spirale ça ne peut qu'empirer. Quand deux générations sont passées à travers la moulinette de l'éducation, ces personnes devenues adultes ne sont plus en mesure de trouver une alternative au système. Parce que même s'ils ont détesté çà, cela a finalement fini par leur laver le cerveau et maintenant c'est au tour de leurs enfants de passer par là. Aucun d'entre eux ne prendra sur son temps de travail ou ne dépensera ses économies, initialement prévues pour la nouvelle voiture ou n'importe quoi d'autre, pour investir dans des domaines susceptibles de rendre l'école meilleure.Que pensez-vous qu'il se soit passé dans ce pays ?
Deux choses importantes et chacune d'elles ne s'écrivent qu'en trois lettres. La première a été le LSD, une drogue chimique capable de transformer un hippie en yuppie, c'est vous dire si elle est dangereuse pour le genre humain! Et la deuxième est la MBA. Quand les gens ont commencé à prendre la MBA au sérieux, ça a été le début de la ruine de l'industrie américaine. Quand toutes vos décisions sont dictées par le même concept de réalité numérique que la MBA, vous êtes vraiment dans la merde. Car l'unique chose qui est considérée comme réelle est tirée d'une colonne de figures abstraites.(NdT: c'est du marketing que l'on parle) Et quand toutes les décisions liées à l'esthétique sont prises par ces même personnes, usant de ces mêmes critères pour décider de l'orientation d'une compagnie sans égards pour les individus et sans esprit critique par rapport à la réalité du produit et que la seule chose qui importe est d'augmenter votre profit, il y a un réel problème! Parce qu'il ne peut pas y avoir de qualité, il ne peut y avoir d'excellence. La qualité coûte trop cher. Je pense que la plupart des personnes issues des écoles de commerce ou autres désirent rendre les choses plus "ouistiti" (NdT: cheesy).C'est tout ce qu'il vous reste à faire quand vous empruntez cette voie.Pensez-vous que cela touche toutes les institutions ?
Je pense que c'est spécifique aux Américains.Pensez-vous que cela puisse s'étendre au monde entier ?
Je suis très pessimiste en ce qui concerne l'Union Soviétique et l'Europe de l'Est. Ces pays sont particulièrement vulnérables à cette forme de chicanerie notamment à cause de tous ces soi-disants experts toujours prêts à vous aider à mettre sur pied la nouvelle économie et eux-mêmes issus de l'école de pensée MBA. Pour avoir moi-même visité ces contrées et constaté leur immense culture, cela m'atterre de penser que tout cela est condamné à disparaître. Pourtant il existe une chose de pire que les experts financiers: c'est le travail de sape des missions évangélistes. Nous sommes en présence des deux choses les plus anti-culturelles qui soient que l'on puisse exporter.On s'infiltre et on verrouille ?
Oui, dans une main l'arrogance des économistes qui croient, l'oeil rivé à leur colonne de chiffres qu'appliquer leur technique à une autre culture va dégager des bénéfices. Je pense que cela est en train de se mettre en place très rapidement dans les pays du bloc de l'Est.A quelle vitesse ?
Environ cinq ans. Je ne sais pas si cela risque d'évoluer en quelque chose de plus socialisant. C'est vraiment un cauchemar pour ce coin de la planète. Dans le passé le cauchemar c'était la nature autoritaire du régime communiste. Je crois que statistiquement une personne sur trois travaillait pour le KGB en Union Soviétique. Cela représente une putain de paye, par contre c'est le plein emploi. Les gens ont grandi accoutumés à l'idée d'un monde où le gouvernement s'occupe de chaque aspect de la vie sociale. Mais tout cela a disparu et il faut bien vous démerder tout seul.
Supposez que vous ayez à changer de régime en une nuit et que chaque petit bénéfice, aussi petit soit-il que vous attendiez de votre gouvernement disparaisse subitement. C'est fini. Vous seriez totalement désorienté, vous seriez alors à la recherche de n'importe quoi qui puisse vous rappeler le sentiment de sécurité et une raison pour retourner bosser le lendemain. Les gens que j'ai rencontré là-bas ne sont pas tous intéressés par l'argent. Ils aiment bien posséder leurs propres trucs: une meilleure voiture, une plus belle maison, ce genre de trucs normaux. Mais ils ont aussi beaucoup de reconnaissance pour leur culture et ne veulent pas la voir disparaître sous prétexte qu'on ne peut pas la financer. Je vais vous donner un exemple, le summum du ridicule: la révolution en Tchécoslovaquie a été conduite par des artistes et les étudiants. C'était une révolution artistique! Sous l'ancien système, si vous étiez artiste ou quelque chose d'approchant vous touchiez un salaire. Vous pouviez travailler et accomplir des uvres. Maintenant c'est exactement le contraire, il n'y a aucun fonds pour cela. De plus si vous vous exprimez dans un mode d'expression tributaire de la langue vous êtes foutus. En d'aires termes, si vous êtes un peintre vous pouvez exporter, si vous êtes musicien, non. Si vous êtes danseur, oui, mais si vous êtes acteur et que vous vous exprimez en tchèque ou en Hongrois ou en Russe, c'est très dur pour vous. Nous avons donc ces gens qui sont à la base de la révolution et qui n'ont pas de moyens de vivre.
Omettre des détails pareils semble être la continuation d'un nouveau phénomène où nous avons CNN présentant des événements spectaculaires de l'actualité mondiale comme si c'était le match de foot de la semaine. Nous ingérons chaque jour tout et n'importe quoi, de la chute du mur de Berlin aux événements de la place Tianamnen en passant par la nouvelle crise mondiale comme la guerre du Golf où un journaliste commente des tirs de missiles qui passent au dessus de sa tête, mais au final on ne connaît pas les pertes ou quoi que ce soit. Pas d'information réelle. Décidément je ne comprendrais jamais le style d'information que l'on nous sert actuellement.
Voulez vous que je vous explique?Yes!
Et bien, merci démocratie, nous avons maintenant un gouvernement fasciste aux États-Unis, élu librement par des gens tout ce qu'il y a d'ordinaire: ces mêmes personnes avec qui vous avez fait vos études supérieures.A quoi ressemble votre travail pour le Festival de Francfort, s'agit-il de petites pièces musicales?
Il m'a été demandé 20 minutes de musique répartie en 4 ou 5 morceaux, mais ce n'est pas uniquement une seule uvre parce que ce que j'ai créé est ce qu'on pourrait nommer la face cachée de l'"entertainement", incluant des uvres anciennes qui ont été spécialement réorchestrées pour l'occasion et quelques morceaux pour le Synclavier. Pour le concert nous seront rejoins sur scène par une troupe de danse canadienne nommée "LaLaLa Human Steps". Ils sont carrément incroyables. L'autre chose qui risque d'être intéressante est l'utilisation d'un système stéréo en façade, un autre au milieu du public et un troisième au fond de la salle.Ce concept risque de changer considérablement le son?
Non, je ne veux pas, parce que pour une écoute sur six canaux, vous avez besoin d'une prise de son en six canaux, ce qui nécessite un mixage sur autant de voies. Qui peut faire ça? Chaque artiste qui enregistre peut le faire s'il est à même d'avoir le même type de réglages. S'il travaille sur un album il peut faire un remix en six voies après avoir terminé le mix stéréo. Il pourrait le faire mais la majorité d'entres-eux est trop fainéante et pas assez curieuse de ce genre de choses.Que cela devienne ou non populaire pour le consommateur, de nouvelles possibilités semblent faire littéralement éclater la façon de composer.
C'est vrai, en considèrent l'exigence du consommateur audio d'aujourd'hui, une fois que vous vous êtes fait au son du CD et reconsidéré le vinyl comme une aberration, vous êtes mûr pour vous équiper d'un meilleur système que le minicassette. De toute façon cela ne passera jamais par quelque chose pour la maison, parce que la majorité des gens habitent là où l'on ne peut installer cela sans déclencher une guerre civile avec ses voisins ou même ses parents. Il y a toujours quelqu'un pour frapper au murs quand vous écoutez votre chaîne hi-fi trop fort sur seulement deux hauts parleurs. Pourquoi voulez-vous installer un système à six canaux ? Par contre ce que j'aimerai bien c'est que l'on conçoive les nouvelles salles de concerts pour recevoir un tel système. Que cela soit pour sonoriser un ensemble musical ou des bandes préenregistrés. Avoir des installations où le public puisse venir et écouter, un peu comme dans certains salons de thé ou l'on peut avoir une conversation baignée dans la musique. Cela est faisable, j'ai vu cela à l'Exposition de Kioto où il y avait un système d'amplification multi-canaux. Le potentiel qui pourrait s'en dégager me rappelle un lieu historique à Vienne nommé "Havelka". C'est un café qui existait déjà au temps de Schubert je présume. La principale attraction sont les journaux reliés sur un bâton, une musique d'ambiance classique et toutes les sortes possibles et inimaginables de cafés et de biscuits viennois. Cet endroit est très étrange, on y est pas assourdi par les conversations, seulement des clients qui lisent des journaux accrochés à des bâtons. Cela est tenu par une très vieille femme qui s'appelle Havelka et qui est là depuis sa naissance, je suppose que les trucs accrochés au murs ont été laissés là par des auteurs et des compositeurs "connus" pour payer leur consommation. Apparemment Wagner a séjourné à l'Hôtel Impérial et pour payer sa note, il a transcris de sa main quelques pages de "Parsifal" qui sont restées accrochées là, aux murs de ce café.
Le promoteur du premier concert des Mothers à Vienne s'appelait Joachim Lieben, connu aussi sous le nom de "Joey Love", le style de mec qui arbore un perpétuel bronzage de skieur. Joey n'était pas l'unique promoteur de cette ville, il faisait parti du staff des directeurs des Éditions Universal. Pour moi aller à Vienne c'était comme aller au pays de la musique dodécaphonique. Être un magasin de musique à Vienne entend que vous ayez des partitions dans votre vitrine et cela me rend dingue! Vous pouvez marcher tranquillement dans la rue et tomber nez-à-nez avec une partition de Webern.
Joey était le gars qui nous servait de guide parce qu'il représentait le trait d'union entre deux mondes. Il produisait des groupes de rock et en même temps il s'occupait de concerts classiques.Est-il impliqué dans les concerts de septembre?
Non, cet ensemble n'existe que depuis 10 mois et la personne qui a fait le plus pour l'organisation et sa publicité s'appelle Kauster Witt. Il a un réel talent d'organisateur et et a aidé l'ensemble à obtenir un immeuble industriel dans la banlieue de Francfort qui puisse être leur laboratoire permanent. C'est fantastique ce qu'ils ont fait ! Studios de répétition isolés par trois murs, une salle climatisée pleine de percussions de toutes sortes, une énorme collection d'équipements vraiment professionnels, salles de répétition individuelles, petit auditorium pour les conférences de presse et les récitals au rez-de-chaussée. Les bureaux au troisième sont tous équipés de moyens de communication et de bureautique moderne. Le dernier étage est constitué par une salle de concert de 6 mètres de haut avec vue panoramique sur la ville de Francfort. Quoi qu'il en soit Kausten en a été le coordinateur. Quand le projet a commencé à prendre forme Kausten était sur le point de passer les rennes à Andréas Möhler-Zelbhauer qui en est le patron maintenant car il était sur le point de prendre la direction du Festival Populaire de Vienne. Aussi à son arrivée, une partie de sa programmation pour la saison '92 consistait en un projet pour l'Ensemble.Une structure pareille doit être bien coûteuse et doit nécessiter pas mal de fonds ?
Et bien la structure est partagée avec une autre formation du nom de "Junge Deutsche Philharmonie" qui est un véritable orchestre mais composé uniquement de jeunes non-professionnels. Une partie des fonds provient de la ville de Francfort et le reste des bénéfices des concerts. Ils ont même leurs disques sur des labels européens.Ce qui les rend dépendants des revenus des concerts pour survivre?
S'ils font 2000 personnes c'est le bout du monde, car même si la musique moderne a plus de succès en Europe qu'ici, quand vous faites 500 entrées c'est que vous avez quelque chose de spécial. Vous pouvez vous estimer heureux car les tentations sont grandes pour le public d'aller dépenser son fric ailleurs! Le budget de cette année pour le festival de Francfort, qui représente l'enveloppe globale dans laquelle le projet est inclus, est de 6,7 millions de dollars pour un mois. Et avec ce montant ils doivent financer les concerts de Cage, Stockhausen, mon boulot et Kagel je suppose. Cela représente un exercice pour chaque compositeur et cela coïncide avec le 80eme anniversaire de cage.Aucune ville américaine n'est susceptible de dépenser 6 millions de dollars pour une telle manifestation !
Effectivement, ce qu'il faut savoir c'est que simultanément plusieurs autres villes allemandes ont leur propre putain de festival, basé sur le même genre de budjet ! Celui de Cologne arrive à rivaliser en envergure et en sophistication, Berlin a aussi son truc en même temps et en fait un des orchestres qui s'y produit va jouer aussi ma musique. De plus, deux de mes pièces seront jouées cette semaine par deux orchestres de Francfort.Parlez moi un peu du système à six canaux !
L'orchestre va être divisé en plusieurs groupes et chaque groupe sera repris au minimum par 4 voir 6 micros, ensuite ces 4 ou 6 voies seront superposées par le système à 6 voies. Il y aura un intervenant, probablement habillé en religieux qui portera un équipement spécial de ma fabrication. C'est une épuisette à 6 canaux: imaginez un petit hula-hoop auquel on aurait attaché six minuscules microphones et que l'on aurait dressé en l'air de manière à ce qu'il ressemble à un emblème religieux. Cet emblème sera suivi d'un petit esclave chargé de porter les saints cordons afin que rien ne s'enchevêtre! Ensuite, appelons-le "Barbier" vous approchera avec son cerceau pendant que l'ingénieur du son basculera de la prise statique d'un des ensembles de l'orchestre vers les micros du cerceau. Disons que vous êtes trompettiste,que vous êtes en plein solo et qu'arrive le "Barbier". Ce qu'entend le public est un son de trompette directement au dessus de sa tête quand le "Barbier" approche mais quand celui-ci promène son cerceau devant le pavillon de la trompette et au dessus de sa tête, le public entend le son directement depuis le sol. Vous voyez maintenant le genre de combinaisons entre le cerceau à six micros et le système d'amplification à six voies ?Le résultat auditif sera que toute sorte de placement spatial pourra être produit en déplaçant le cerceau. Vous pourrez même concevoir de quelle manière ce sera perçu par le public. C'était relativement simple à imaginer mais je crois que personne n'y avait pensé avant.Cette série de concerts représente un hommage gratifiant, est-ce que vous redoutez cela, le recherchez-vous ou bien l'évitez-vous ?
Et bien oui peut-être parce que c'est le projet de concert le plus compliqué dans lequel je me suis investi jusqu'ici. La logistique que cela représente est très longue à mettre en place et il y a pas mal de contraintes budgétaires. Je pense que si cela était du rock'n roll, que vous en fassiez une tournée, vous pourriez vendre pas mal de places de concert et probablement faire pas mal d'argent qui peut être réinjectée dans la production. Mais quand vous tablez sur une salle de concert de 2500 places avec ce style de musique, la structure économique n'est pas la même.Avez-vous à sortir de l'argent de votre poche?
Du tout! En toute état de cause, ladies and gentlemen, on m'a payé pour ça et cela suffisamment pour que je puisse m'y consacrer pendant toute une année. Mais seulement pour leur fournir des notes sur du papier. Les problèmes surviennent et quand vous essayez de faire sonner cela comme cela est censé sonner dans ce genre d'environnement. Et de le transporter et d'en faire deux autres représentations. Adréas Möhler Zebhauser, le directeur de l'Ensemble a sillonné l'Europe entière à la recherche de financements extérieurs pour rendre tout cela possible et si les retombées ne s'avèrent pas suffisantes il nous faudra imaginer un plan "B". Nous sommes en pourparler avec Neve et même si nous n'avons pas de contrat avec eux, je pense qu'ils vont m'aider à obtenir une console toute automatisée qui puisse permettre les "cross fades" entre les sous-ensembles et le "Barbier". Cela ne donnera pas seulement qu'un enregistrement studio puisque nous sommes en train de planifier des concerts en public.De quelle manière les événements de chaque jour, petits ou grands influent sur votre travail artistique ?
Vous parlez d'information ou de ce qui ce passe chez moi ?Les deux: aussi bien une naissance que les actualités.
Bien sûr qu'ils ont un impact. Si je regarde quelque chose qui me sort par les yeux, il n'y a pas moyen de m'en débarrasser. Cela peut me contraindre à m'isoler ou bien me déclencher une rage aveugle au Synclavier. Certaines choses sont tellement dépressives que je ne suis plus capable de rien, sinon d'aller me coucher. Littéralement je dois "me coucher dessus" parce que c'est comme avoir une montagne de mauvaises vibrations qui se déversent en permanence sur vous.Certains artistes déclarent qu'il doit y avoir une séparation entre eux et ce genre de choses, qu'ils doivent conserver une distance par rapport à ce qu'ils font...
Qui sont ces artistes, c'est peut-être la bonne question à se poser avant d'acheter leurs albums!Ne voyez-vous pas dans le rôle du guitariste-héro une sorte d'effet sociologique de type "mouton de Panurge"?
Je n'ai pas de discours à faire à ce propos, mais ce que je peux observer c'est que le jeu de guitare dans sa conception actuelle à plus à voir avec le sport qu'avec la musique. C'est une situation de type olympique .Le challenge s"exprime en terme de vitesse, de redondance, de chorégraphie et de garde-robe.Je me rappelle une théorie historique statuant sur le fait que chaque fin de siècle était marquée par un déclin dans chaque domaine, de l'artistique au politique. A l'approche du 2eme millénaire, pensez-vous qu'il y ait un genre de potentiomètre planétaire réglé à la baisse et créant des phénomènes bizarres comme le super guitariste-héro condamné à jouer de plus en plus vite ?
Je ne pense pas que le mal vienne de la mentalité de guitariste-héro par lui-même. Nous avons à remonter à la source du mal-même: la mentalité MBA, car ce phénomène ne pourrait pas proliférer sans avoir été formaté, fait l'objet d'une distribution agressive et été promotionné par d'énormes forces industrielles. Autrement cela n'aurait prêté qu'à rire. Vous pouvez vous intéresser à cela, ce qui en soit est déjà assez risible et en rire pendant que d'autres prennent cela avec beaucoup plus sérieusement. Dans un sens, c'est comme ces messages additionnels que vous subissez quand vous matez la TV la journée et destinés aux femmes qui regardent ce genre d'émissions. Au milieu du "Sally Jessie Raphaël Show" il y a ces messages publicitaires émanants de cabinets d'avocats qui seraient heureux de poursuivre votre employeur pour le stress qu'il vous fait subir. Vous n'avez jamais vu ce genre de truc ? un des spots montre un couple radieux sur le pont d'un yacht, sablant le champagne parce qu'ils ont composé le numéro de téléphone qui s'affiche en bas de l'écran et attaqué leur employeur.Dans l'article "Guitar Clone" que vous avez donné au magazine Guitar Player, vous statuez sur le fait que la population dans sa totalité, incluant les guitaristes, a été transmutée en une entité raisonnable et bien pensante, sans odeur d'amibes, qui est uniquement gardée en vie pour servir les intérêts industriels et vivre sa vie sur le credo: toujours + grand, toujours + vite, + fort, plus plus et meilleur. Ça c'est un credo. Et que pourrions nous substituer à ça ?
Je pense que nous devrions ignorer les credos. Les credos sont ce qui reste quand les sociétés deviennent frileuses. Si pouvez réduire n'importe-quoi à un credos c'est que vous êtes dans la merde. Je pense que c'est le vrai message: nous sommes dans la merde jusqu'au cou et cela s'aggrave un peu plus chaque jour sans que personne veuille s'en mêler.Mais alors, comment pourrions-nous bien nous en sortir, Mr Zappa ?
Je ne sais pas si l'on peut l'éviter, je pense que l'on doit s'adapter. Le genre humain est facilement malléable et les USA se sont transformés en quelque chose de réellement hideux. Pour ceux qui se sont résignés à vivre là et à rester américains, il faudra trouver un moyen de s'adapter. Vous allez devoir trouver un moyen de boire l'eau polluée, de respirer de l'air pollué, de manger à moitié empoisonné ce qui ressemble de loin à de la nourriture. Et enfin trouver un moyen de garder son boulot pour continuer à dépenser son argent dans ce genre de choses.Cela semble très excitant!
C'est l'évolution. Nous avons voulu cela. Regardez, chaque retraité qui demande: "Que va devenir l'argent de ma retraite ?" peut penser aux jour anciens quand leur petit doigt leur disait: -"Deviens juge, c'est un bon job" car ces boulots permettent de s'afficher, de faire son métier et de trouver un moyen pour qu'il puisse rapporter plus en émettant de nouvelles lois toujours plus contraignantes qui ont pour résultat de rassurer la population. On se retrouve une société accro aux avocats, à l'argent à crédit, à la stupidité, avec nulle part ou aller et personne pour vous le vendre. Comment appelez-vous ça vous ? Est-ce Apocalypse Now ou quoi ?Lorin Hollander a dit de votre musique qu'elle est d'une beauté douloureuse. Je ne pense pas que vous l'entendez de la même façon. De même en ce qui concerne la musique instrumentale où l'on a pas de mots auxquels se raccrocher, vous mettez de l'humour dans vos notes. Cela vient-il d'un feeling personnel ou d'un élément sciemment organisé pendant le processus de création, un contraste entre quelque chose de très mouvant et quelque chose de très drôle ou est-ce une manière de maintenir les émotions à distance ou alors est-ce que j'intellectualise de trop ?
Je pense effectivement que vous intellectualisez de trop! Vous pouvez cependant résumer tout cela et vous poser la question: Est-ce possible de rire en baisant ? ...Je pense que c'est possible!Qu'en est-il de l'étique du sampling: à quel moment franchit-on la ligne rouge ?
Je pense qu'esthétiquement on peux dégager un cas dans chaque direction. S'il y a réellement une superbe raison pour emprunter des bouts d'un album de James Brown ou tout autre artiste et que vous persistiez à prétendre que pour vous et votre mode d'expression, créer un unique nouveau collage musical nécessite une texture complète de James Brown et bien j'estime que James Brown mérite d'être payé et que la compagnie de disques qui détient les droits sur la totalité, voir seulement sur le bout du morceau incriminé, mérite d'être payée. En fait, si vous ne pouvez vous exprimer artistiquement sans emprunter des bouts de James Brown et que vous ne voulez pas lui reverser des droits alors je vous conseillerais de trouver un autre mode d'expression!.Cela fait combien de temps que vous n'avez pas joué de la guitare ?
Un long momentVous ne grattez plus du tout ?
J'en ai toujours une à côté de mon fauteuil, au studio, et quand il y a un quelconque processus mécanique ennuyeux à supporter, je la chope et plaque quelques notes dessus mais on ne peux pas dire que j'en joue vraiment. Je la touche juste un petit peu de temps en temps.Pendant toutes ces années où vous étiez considéré comme un grand de la guitare, essayiez-vous d'être un guitar-héro ou utilisiez-vous cet instrument simplement comme un "outil" musical ?
J'adore la musique et il se trouve que la guitare est devenue l'instrument que je joue plus que le piano ou l'accordéon... ou le bugle. Je n'ai jamais été un fétichiste de la guitare et tout ce qui accompagne la mentalité du guitar-héro reste quelque chose d'extraterrestre pour moi.Pensez-vous avoir perdu de votre dextérité, vos cals se sont-ils changés en shamallows ?
Je ne pense pas que je jouerai de nouveau. Je n'ai plus la moindre motivation pour jouer. Je n'ai pas le groupe derrière moi qui me permette de faire le genre de choses que je faisais avant. On m'a supplié de faire quelque chose pour ce show en Allemagne et c'est une chose que j'appréhende parce que je pense que le public attend ça lui aussi. C'est effectivement difficile de monter sur scène avec juste une petite baguette dans vos mains, sans guitare, alors que l'on a fait cela pendant 25 à 30 ans. Et ça va devenir de plus en plus dur. Cela dépend de ce que vous voulez essayer de faire avec une guitare, je veux dire, si vous savez comment attaquer les cordes, ce n'est pas comme si vous aviez tout oublié, mais l'exécution de solos nécessite la mobilisation de certaines parties de votre corps qui peuvent être malheureusement diminuées. Je ne pense plus jouer de la guitare correctement et j'ai du mal à me faire à cette idée.Comment vous situez-vous dans le monde de la musique. pensez-vous avoir une place au milieu d'autres compositeurs plus "sérieux" ?
Et bien, oui: sur le fond je ne me réclame pas de...(rires)Il n'existe personne comme vous, personne n'a jamais fait quoi que ce soit comme vous.
C'est vrai donc...quoi ?...Trois petits points.De quoi ça vient ?
Mes goûts sont différents.Depuis la naissance ?
Ouais!Vous avez le bon sens d'être plus critique par rapport à vous -même que la majorité des gens. Est-ce une caractéristique unique qui peut-être associée au fait d'avoir été un artiste à succès ?
De nos jours plus aucun artiste ne possède de sens critique. Ils sont surtout à l'écoute des managers de leur corporation qui les poussent à continuer. Parce que de nos jours quand vous vous octroyez le luxe de vivre votre propre démarche artistique, vous ne dégotez aucuns contrats. Vous ne garderez pas longtemps cette marque de tennis ou cette boisson gazeuse qui sponsorise votre carrière. Vous deviendrez une personne indésirable et on vous oubliera. Vous serez incorporé au troupeau de mouettes et en plus vous aurez à désigner le suivant. Vous serez au râtelier avec ces mecs. Tout le monde peut être si vite mis sur la touche de nos jours.Pensez-vous qu'il puisse exister encore des personnes isolées , genre veilleur de nuit dans un motel qui écrirait des symphonies pendant ses heures de veille qui ne seraient jamais entendues ou alors ont-ils abandonné comme les autres ?
Je pense qu'il en existe encore quelques-uns. Je dis cela uniquement à cause des probabilités mathématiques car le système est tellement cruel que je doute qu'un seul soit resté en vie. Il y a encore quelques traînards dehors et vous n'entendrez jamais leur travail, c'est le problème... en attendant que vous soyez capable d'entendre leur musique en lisant leur partitions.Pensez-vous que ce genre de scénario puisse se reproduire dans le futur comme il s'est déroulé dans le passé lorsque Félix Mendelson trouva une liasse de papier couverte de notes, qui passe pour être une uvre de Bach oubliée pendant plus de cent ans. Pensez-vous qu'il reste un espoir pour que dans le futur on découvre une génération de compositeurs de motels ?
Non, parce que c'est lié à l'économie. Observez cela très mécaniquement: dans une société où le système économique met de l'argent à l'écart pour financer les activités culturelles, peut-être, mais dans une société basée purement et simplement sur le profit et non sur ce que ça coûte, les probabilités que quelque chose de ce genre puisse arriver sont si faibles qu'elles ne rentrent pas en ligne de compte. Laissez moi mettre en exergue une seule autre petite chose: un des secrets les mieux gardés aux États-Unis est l'affluence annuelle dans les musées. Il y a plus de de gens qui vont au musée chaque année que le public de football et de basket-ball réunis! C'est le secret le mieux gardé dans ce pays: le désir de l'Américain moyen de consommer autre chose que de la merde existe bel et bien, mais le peuple ne contrôle pas la main qui tourne la manivelle et qui dirige cette merde dans leur direction. Ils n'ont aucun contrôle sur ceux qui décident ce qui est bien pour eux et ce qu'ils devraient acheter. Cependant je ne pense pas que l'espèce américaine soit altérée au point d'abandonner toute espoir de vie culturelle, c'est juste qu'ils n'ont aucune idée de comment y arriver ou qu'ils n'ont pas réalisé que cela valait la peine de la préserver. Et c'est ce qui est triste par rapport à l'affluence rencontrée dans les musées parce que leur contenu est mort. C'est de la nécrophilie culturelle. Le musée a droit de cité, vous avez le droit d'y aller voir le passé et d'y découvrir cette merveilleuse petite vieillerie ou quoi que ce soit d'autre, mais ça ressemble à la mentalité du le mec qui voulait supprimer le bureau des brevets dans les années 1900 parce que c'était le point de vue officiel du gouvernement était que tout avait été déjà inventé auparavant.Il y a une partie de moi-même qui persiste à croire que d'une manière ou d'une autre, les forces de l'ignorance et du mal seront balayées et que ceux qui désirent quelque chose d'autre pour élever leur esprit, divertir leurs yeux et leurs oreilles obtiennent enfin ce qu'ils désirent.
Effectivement, à l'heure actuelle le désir de consommer ce genre de chose -le besoin- reste circonscrit à un milieu social, régional voir domestique par des individus enregistrant leurs propres trucs sur leur propre home-studio pour leur propre amusement ou celui de leurs amis. C'est l'équivalent domestique du gars qui compose sa symphonie dans un motel. Là c'est un gars qui fait ses propres démos sur un petit Fostex même si cela ne débouchera jamais sur un contrat. C'est comme la révolution du home-vidéo, les gens filment ce qu'il veulent voir sur l'écran - en fait eux-mêmes en train de baiser.J'ai été marqué par vos déclarations sur les musées et je continue à me questionner sur le contenu qui pourrait y être apporté pour le public américain: que voudrait-il y voir, y entendre, y faire ?
C'est déjà plus qu'un concept! Les gens qui prennent ces décisions se foutent royalement du public, c'est leur dernière préoccupation. Ils ont leur propre agenda qu'il ne remettent pas en question et qui est surtout là pour maintenir l'administration en place. Ils se jettent sur tout ce qu'ils peuvent arracher au Congrès mais dans l'ensemble, l'idée générale est de subjuguer le public. Toutes les idées doivent subjugué, la connaissance doit subjuguer. Le problème est que si l'on dégageait une politique ingénieuse ou que quelqu'un trouve un moyen efficace d'influer sur cette politique tout deviendrait facile. Mais en réalité ce que l'on récolte est une politique vraiment stupide avec une ingénieuse façon de l'influencer. On est plus fort pour inventer des méthodes d'anéantissement que pour créer une réelle politique créative.
Ce que ma naïveté m'empêche de comprendre, c'est comment ce mécanisme est mis en oeuvre et quel est le processus de reproduction employé par les bureaucrates et les politiques pour perpétuer cette politique. Il existe peut-être une réponse dans cette entité crée par Ronald Reagan et appelée "Département de La Diplomatie Domestique" et qui figure dans le manuel "Contra-Iran".Ce n'est pas une blague ?
Non, ce n'est pas une blague! Le gars qui était chargé de conduire ce truc n'avait pas d'adresse ni de numéro de téléphone. Vous ne pouviez même pas avoir le numéro du Département de La Diplomatie Domestique lorsque vous appeliez l'annuaire téléphonique de Washington. Le mec qui s'occupait de cela s'appelait Otto Reich (!) et passait pour être la tête pensante de la désinformation de la CIA. Il existait même un manuel de L'Iran -Contra et vous pouviez même parcourir son sommaire!. A l'époque j'avais eu connaissance d'une rumeur à propos de cela et ne pouvait me résoudre à croire à son existence. Je suis allé au C-SPAN et j'en ai parlé et à partir de la j'ai commencé à recevoir des appels téléphoniques de personnes pour me dire: "C'est vrai!". Quelqu'un m'a même faxé la totalité des pages de L'Iran-Contra Book qui contient tout l'histoire. Ce truc doit encore exister à l'heure actuelle à moins d'un miracle. Cela ressemble à Cointelpro sous Nixon. Cointelpro a été ce qu'il ont tenté de cacher avec le Watergate. Cela n'a pas concerné uniquement the Democratic Headquarters, ce qu'ils ont tenté de cacher est le fait que Nixon avait décidé de créer une police secrète et il n'avait aucune autorité légale à espionner des citoyens U.S. Nixon pensait qu'il y avait des ennemis partout, aussi avait-il créé un programme appelé Cointelpro. Cela consistait en un espionnage domestique des partis politiques et comme tout ce qui est illégal, son existence était financée par des fonds secrets.Financé par quels investisseurs ?
Il y a toujours eu pas mal d'investisseurs pour soutenir Nixon. Par exemple, personne ne sait que Marcos lui a filé 15 millions de dollars. A partir du moment ou vous vous réclamez de l'aile droite fascisante, vous avez toujours plein de gens pour vous refiler de l'argent et pour vous aider à promouvoir vos idéesQui supervisait ça, Nixon, la CIA ou le FBI ?
Je pense que c'était une opération à part mais sous la juridiction du Département de la Justice. Il y a eu tellement de corruption et ça avait été un tel affront pour la démocratie... pourtant peu de gens ont vraiment réalisé ce qu'il s'était réellement passé! Une autre chose qui est arrivée sous Reagan est qu'il avait signé un ordre, une directive qui donnait à la CIA la permission légale d'espionner des citoyens U.S.Est-ce que cela reste en vigueur ?
Bien sûr cela fait toujours partie de la politique anti-drogues par exemple.C'est effrayant, d'où tirez-vous vos informations ?
On me fait parvenir des éléments, je suis intéressé par tout type d'information que je peux trouver et il faut savoir lire entre les lignes. Le reste du temps on peut regarder C-Span et plus généralement toutes les histoires journalistiques qui traitent de la question. Il faut toujours se poser la question: - Pourquoi cet article traite de cette question et ensuite, qu'en est-il de l'invention ? Vous savez à quoi sert de vous raconter une histoire sinon pour vous vous en raconter... des histoires ?Parlez-moi de votre appel téléphonique à Edgar Varèse.
J'ai reçu 5$ pour l'anniversaire de mes 15 ans et avant cela je n'avais jamais passé d'appel téléphonique longue-distance. J'ai pensé que peut-être, pour 5$, je pourrais appeler Varèse et ma mère tomba d'accord. Mais malheureusement il n'était pas là. Il était à Bruxelles pour une représentation du "Poème Electronique", mais j'ai réussi à parler à sa femme pendant un petit moment.
En avez-vous retiré quelque chose d'intéressant en dehors d'être arrivé à parler à son épouse ?
Que pensez-vous qu'on puisse apprendre d'un coup de fil ? Que pouvez-vous vous apprendre la femme d'un compositeur ? Que c'était une dame très charmante et que c'était sympa de sa part d'accepter l'appel. Ils vivaient dans Sullivan Street au Greenwich Village, c'était un très bel endroit avec une porte laquée en rouge. Quand les Mothers ont débarqué à New-York en '67, nous vivions alors dans un appartement misérable sur Thomson Street, à un pâté de maisons seulement du domicile de Varèse. Il était déjà mort à cette époque mais j'avais pris l'habitude d'aller me promener dans le coin pour entre-apercevoir cette petite porte rouge et me laisser à imaginer ce qu'avait pu être cette vie d'enfermement passée à ne plus écrire de musique pendant 25 ans.Vous avez déclaré que vous subissez quelque fois l'influence de vos musiciens, de quelle manière ?
Si vous découvrez qu'il existe quelqu'un qui peux jouer d'un certain instrument et que son approche est particulièrement unique, vous êtes toujours tenté d'écrire quelque chose pour cet individu.Comme Vinnie Colaiuta ?
C'en est le parfait exemple.Dans son habileté technique à entendre autre chose que un, deux , trois, quatre...un, deux , trois, quatre ?
Oui et pour jouer avec du style et de l'attitude, avoir de l'attitude est primordial en musique de nos jours. Mais lui c'est le gars qui a inventé l'attitude!D'où vient l'origine du nom BARKING PUMPKIN ?
C'est facile, Gail, ma femme tentait d'arrêter de fumer. Elle a arrêté depuis, à l'époque elle fumait des Malboros, et elle gueulait tout le temps. Aussi comme je l'ai toujours appelée ma poupée, à aprtir de ce moment là elle est devenue "ma poupée qui aboie".Depuis que vous m'avez dit ne plus jouer de guitare depuis longtemps, l'impression que j'ai de vous est celle d'un compositeur extrêmement sérieux veillant tard dans la nuit devant son Synclavier. Connaissez-vous d'autres compositeurs qui effectuent autant de travail que vous au Synclavier ?
Je n'en connais pas beaucoup qui soient capables de le supporter. Il y a un gars, Herb Pilhoffer, à Minneapolis, qui possède un équipement deux fois plus gros que le mien surtout à cause des choses commerciales et des musiques de films qu'il produit. Je ne l'ai jamais rencontré personnellement mais Todd Yuega, mon assistant, travaillait pour lui auparavant et m'a parlé de son matos. Il se peut qu'il y ait quelques universités qui en soient équipées avec quelques étudiants travaillant dessus. Mais que des compositeurs de toutes sortes et de toutes réputations puissent posséder ce genre de système ou approchant, je ne crois pas. Il ne suffit pas d'en acheter un pour que cela fonctionne, parce qu'avant de reproduire quoi que ce soit et le capturer vous devez lz raccorder à un studio d'enregistrement.Vous avez mentionné une fois que le Synclavier était incapable de commencer ou d'arrêter sur une note donnée. Cela perdure-t-il ou le problème a-t-il été corrigé ?
Le point particulier était de le faire jouer de n'importe quel endroit au travers de la fenêtre de l'application qui sert à l'impression. Le fabricant n'en avait rien à glander de son programme d'impression et était prêt à virer qui que ce soit qui se serai penché sur la question dans leur entreprise. La compagnie avait pris la décision de ne vendre le système qu'au monde de la TV et du film. Eux ont surtout besoin de la partie insertion d'effets spéciaux. D'ailleurs il n'avait pas été conçu à l'origine comme outil de composition ou comme instrument de musique. Je pense que c'est l'industrie du divertissement qui beurre leurs tartines.Vous n'auriez pas pu vous contenter de cet état de choses ?
Pas avant que je n'ai pu engueuler le mec qui avait pondu le logiciel et exigé qu'il vienne régler le problème sur place. Nous utilisons actuellement la solution finale du logiciel, ça vaut 600$, tourne sur Mac avec une interface midi et graphiquement ça mops the floor avec le programme d'impression du Synclavier. C'est probablement la partie du système la plus compliquée qu'il m'ai été donné de voir. je veux dire, j'en possède un mais ne peux le faire marcher. C'est Ali Askin, le copiste de l'Ensemble qui désirait l'utiliser pour préparer les partitions pour Francfort. Je l'ai laisser acheter une copie du logiciel et il a essayé d'apprendre à le faire marcher pendant tout un week-end. Comment ?, je ne saurais jamais parce que la documentation consiste en trois volumes extraordinairement denses et ennuyeux. L'idée était que si j'avais une copie du logiciel moi-aussi, je pourrais charger mes données midi grâce à cette nouvelle mouture du Synclavier. Je pourrai prendre mes nouvelles séquences, les transférer par le port midi dans le Finale puis ensuite lui faire parvenir les disquettes pour qu'il puisse manipuler les partitions en Allemagne. J'ai du acheter le logiciel juste pour établir une communication avec lui. Nous l'avons installé mais je n'ai jamais réussi à le faire marcher. La première chose que j'ai faite à été de mettre à contribution mon assistant, Todd Yuega, qui est un vrai sorcier de la micro pour qu'il essaye un peu de voir comment ce damné machin fonctionnait. Mais quand je l'ai vu s'attraper les cheveux et dire: "Ça n'est pas pour moi, je vais être trop frustré!"comment obtenir un nouveau crédit quand le crédit est mort ? Todd set vraiment Monsieur Synclavier. Un autre gars que je considère comme étant un talent majeure dans la préparation du travail que je suis en train d'effectuer en ce moment est notre nouvel ingénieur du son Spence Christu, puisque Bob Stone nous a quitté. Et puis aussi cet autre gars qui supervise que tout marche bien et qui s'appelle Dave"the three Hugger" Donhorf. Aussi quand nous sommes ensembles, Ave , Spence, Todd et moi et que tout l'équipement marche alors le monde nous appartient! En fait tous les jours où tout le monde est là et où tous les équipements fonctionnent sont si rares et si distants que le monde peux dormir sur ses deux oreilles.La technologie des ordinateurs a atteint un tel point qu'il est possible à l'heure actuelle d'utiliser un clavier pour écrire des uvres. Aimeriez-vous revenir à l'ancienne méthode ou seulement utiliser l'écran ?
J'ai besoin de recourir à l'écriture sur papier puisque je ne peux opérer à partir du Finale et qu'il y a certaines limitations stratégiques inhérentes au logiciel du Synclavier. Pour la préparation des compositions pour l'ensemble Modern, la meilleure façon de procéder et d'arriver à quelque chose a été de retourner à la notation manuscrite. Pour cela, il a fallu que je me procure des lunettes spéciales parce que celles que j'utilise habituellement n'avait pas la bonne focale.J'ai lu quelque part qu'il y avait un regain d'intérêt pour la musique "country" simultanément à l'explosion de la musique "rap". Avons-nous affaire à du racisme musical ou une mode qui consiste à s'intéresser à tout ?
Tout ce qui figure sur la couverture des magazines est de près ou de loin affilié aux compagnies de disques ou de télévision. Je pense que vous pouvez "count on smelling a rat".Vous avez mentionné une fois dans une interview qu'une des choses attristantes concernant la nouvelle génération est qu'il n'y a plus d'occasions d'entendre de la musique improvisée
C'est exact. En partant du principe que les plus belles impros n'ont jamais été photographiées ou filmées en vidéo. Qu'ils ont grandi dans un monde où l'intérêt musical se résume à cette seule question: "Il y a-t-il une vidéo de cela ?". Ces gosses n'auront eu jamais la chance d'avoir entendu ce à quoi cela ressemblait. Si ce n'est plus à la mode d'écouter de la musique, si votre tribu ne fait que mater les vidéo-clips et que vous êtes démodé au point de persister à vouloir seulement l'écouter alors vous êtes en passe de perdre votre statut de branché. La tendance actuelle est d'être un mateur de musique slash-dance qui participe.Sommes-nous en train de voir émerger un phénomène nouveau qui fasse que l'écoute ne soit plus réservée qu'à de vieux machins du type Duncan Yo-Yo Men, danseurs de bal et jongleurs de vaudeville?
Oui, cela sonne comme une sorte de démission.Pensez-vous que la tendance risque de se durcir ?
Depuis que la musique est à la botte du sponsoring corporatif, la tentation est grande de créer des divisions musicales destinées aux consommateurs. En d'autres mots, la tendance actuelle qu'on remarque est la volonté de compartimenter la musique en concerts Coco-Cola, concerts Pepsi et concerts Nike, une division avec votre propre marque de concerts. Le style de musique choisi servant à vendre les produits de la marque et se résumant bien souvent à un tube-test (traduire reste de la page 41)Est-ce que vous voyez le même phénomène effrayant et régressif en ce qui concerne les orchestres métropolitains, condamnés à jouer la 5ème de Beethoven ?
Que pensez-vous qu'il y ait de plus effrayant que leur existence actuelle ? de plus terrifiant que d'être dans un orchestre où vous ne pouvez rien faire d'autre que cela. Sinon mourir.Connaissez-vous beaucoup de formation capables d'étendre leur répertoire? Kent Nagaro a été le premier chef d'orchestre que j'ai entendu qui ait essayé de faire quelque chose qui sorte de l'ordinaire.
Kent Nagaro est tellement singulier. C'est un gars opportuniste étrange et extraverti. Ce n'est pas un chef d'orchestre ordinaire. Il a eu beaucoup de succès, plus en Europe qu'ici parce qu'il a toujours été là où l'action se faisait. Prenons pour exemple le projet que je suis en train de mener à bien: je n'aurai jamais eu moyen de faire la même chose ici, personne susceptible de me proposer un budget pour me consacrer à ce travail pendant un an.A quand est prévue la sortie de votre prochain album ?
Je viens de finir le premier volet de "Civilisation": l'album Phase III que je m'étais promis de réaliser de puis pas mal d'années déjà. Idéalement,cela devrait devenir un double CD. Mais la chose la plus singulière concernant cet album c'est qu'il combine des personnes" à l'intérieur du piano", principe déjà utilisé auparavant sur l'album "Lumpy Gravy"? A la différence que sur "Lumpy Gravy" il n'y avait qu'une ébauche de ce que j'avais enregistré à l'époque.
J'avais ces bandes depuis 1967, toutes ces conversations aléatoires que les personnages ont ensemble sont utilisées sous la forme de petites scènes qui font des ponts entre les parties de Synclavier, le plus gros matériel de l'album. Et le résultat est joliment atonal.Combien de temps sont-ils restés dans le piano ?
20 ans.Et vous les avez laissés sortir ?
On ne peut les y laisser éternellement et en même temps on a pas à subir leur présence avant qu'elle se révèle nécessaire. C'est pour cela que ça a commencé par devenir une chose tellement inévitable au studio. Un peu comme si l'hôtesse d'accueil se mettait à dire: "Ils sont dans le piano de nouveau, HaHaHa! Et la chose à garder à l'esprit c'est qu'elle aussi fait partie du piano!. Aussi la liste des participants qui veulent sortir ou rentrer dans le piano couvre plein de monde de Motorhead à Roy Estrada, de la soeur du gars qui possède le studio à Santa Monica à l'hôtesse albanaise ainsi qu'un paquet d'autres personnes dont j'ai oublié les noms. Ils ont juste eu le malheur d'être là et d'accepter d'aller dans le piano quand je leur ai demandé.Encore une étude du microcosme américain. Avez-vous écouté la totalité des enregistrements ?
Absolument. Je les écoute régulièrement depuis 1967. C'est une technique de création de poésie stylisée basée sur des techniques d'édition numérique. Savez-vous combien ça peut être difficile d'obtenir quoi que ce soit à partir de la prise de son d'une lame de rasoir. C'est pratiquement impossible d'obtenir quelque chose de correct. Mais grâce au "Sonic Solutions" vous pouvez mixer cela sans que le piano ne vienne tout couvrir et faire un sorte que les gens qui n'étaient pas là le même jour puissent parler ensemble et se répondre au travers d'une conversation étrange. Sans "Sonic Solutions", il m'aurait été impossible de rassembler tout cela. Pour que ce projet soit réalisable, j'ai du attendre que la technologie soit au point. Ce n'est pas seulement parce que nous avons ces transitions entre les différentes dates et les différents groupes de gens qui sont dans le piano mais cela doit aussi s'imbriquer parfaitement avec les pièces du Synclavier. Le piano surplombe ce qui pourrait être le résultat de de voix appuyant les cordes dans le mouvement, eux-même couverts par le début d'un morceau au Synclavier dont le dernier choeur s'arrête de résonner dans le piano quand "ils" reviennent bavarder.Avez-vous composé les parties de Synclavier après l'écoute de ces anciens enregistrements ou les avez-vous rajoutés au fur-et-à-mesure ?
Il faut que vous arriviez à comprendre comment fonctionne le Synclavier, à l'opposé de l'écriture pour n'importe quel autre médium. Imaginez que vous soyez un sculpteur. Okay ? Imaginez que vous fassiez votre propre montagne, que vous y alliez périodiquement et que vous en rameniez vos propres plaques de marbre à l'atelier, que vous puissiez vous exciter sur elles. La sculpture est une méthode de soustraction et vous commencez toujours avec beaucoup plus que vous ne finissez. L'analogie avec ce qui nous concerne ici est que le matériel avec lequel je travaille est nettement supérieur dans mon imagination que les samples qui sont à ma disposition. Et construire la montagne, c'est construire votre collection de samples. Une fois que vous avez enregistré individuellement votre instrument, un marteau-piqueur ou n'importe quoi qui va le devenir, vous ne pouvez pas le déployer dans une composition avant qu'il n'ai été capturé?. Vous savez un sample nécessite un point d'entrée et un point de sortie et c'est cette sorte de travail d'apothicaire qu'effectue Todd pour moi. J'ai nettement plus d'échantillons sur bande que je n'en ai de disponibles numérisées sur le Synclavier, parce que cela prendrait des mois à préparer le matériel nécessaire. Quand de nouveaux samples deviennent disponibles, ils sont employés dans des compositions sur lesquelles je travaille parfois depuis des années. En d'autre termes le jour où je débute une composition, je possède un certain genre de samples et cela fait que cela sonne d'une certaine façon. Mais au fur-et-à -mesure que de nouveaux sons sont disponibles et qu'ils sont utilisés dans la composition, les notes peuvent être les mêmes mais c'est l'ensemble du son des morceaux qui change.Donc vous réécrivez souvent ce que vous avez débuté longtemps auparavant. Au final les notes, sur le papier, on un timbre différent que celui envisagé au début ?
ce n'est pas seulement ça! c'est tout le processus qui est influencé quand vous êtes à la recherche de nouvelles sonorités. Par exemple, quand j'ai acheté le Synclavier, ce n'était pas encore un sampler et j'ai commencé à écrire des chose pour lui qui ne faisaient appel qu'à la partie concernant le modulateur de fréquences. Ce qui fait le charme principal du Synclavier au fil du temps est la puissance de son séquenceur et le fait que je pouvais l'utiliser en multipistes ainsi que des choses qu'on pouvaient mettre en phase entre-elles. Quelques-uns des morceaux qui ont été commencés au Synclavier même ceux à base de pré-samples sont passés au travers de permutations au cours des années et n'ont toujours pas trouvé de concrétisation finale. Il y a un mois, nous avons terminé quelque chose sur lequel j'avais travaillé 10 ans. Cela fait 24 minutes de long. Ça sonne comme un orchestre mais c'est un orchestre comme vous n'en avez jamais entendu auparavant. On ne pourra jamais disposer d'un orchestre pareil, il ne suffit pas d'avoir tous les instruments qui compose un orchestre normal: le piano, les percussions et le reste, mais il y a aussi toutes les sortes de sons de synthétiseur disponibles, plus des effets de voix et des bruits de voitures et tout ce boulot s'organise en une composition basiquement diatonique. J'ai travaillé sur ce machin pendant des années et des années et des années et chaque fois qu'un nouveau sample arrive, il faut qu'il se retrouve dans ce machin. Ce sera le nouveau morceau de bravoure du deuxième disque. Le timbre est déterminé par vos échantillons, lui même déterminé par votre habilité à l'obtenir ou à le fabriquer à partir d'un scratch. La seule limitation de la machine set constituée d'un S avec deux lignes au travers. Tout ce que le Synclavier peut faire nécessite beaucoup d'argent, depuis que certaines de ces machines ont été commercialisées le prix du kilo de ce qu'il peut faire n'a cessé d'augmenter. Et pour rester en vie la boîte qui vends le Synclavier a du le faire évoluer de simple outil d'aide à la composition vers un outil du genre "générateur d'effets pour bande son de films". Aussi ont-ils arrêté de développer le soft. Il y a eu pas mal de mises-à-jour en ce qui concerne l'aspect "production" mais rien depuis 3 ans en ce qui concerne la partie édition de partitions. Ils se sont débarrassé du mec qui a écrit le logiciel d'impression donc c'est comme si tout avait été gelé depuis ce temps-là. Le contrat pour les MàJ coûte 2500 dollars par an, juste pour rester branché avec ce qu'ils font mais cela sert juste à expédier l'entretien courant!.La chose dont je suis fier est que je n'ai jamais touché au budget de fonctionnement pour financer mon travail au Synclavier. Tout a été financé par le produit des ventes de disques. Mais comme les ventes de disque ont baissées et par la même occasion le montant de l'argent que je pouvais investir dans le matériel (qui soit dit en passant ne cesse d'augmenter)-je me retrouve coincé dans une sale position parce que je me trouve fréquemment confronté à la situation de débiteur face aux remboursements du prêt^t auprès de la banque qui a été nécessaire pour acquérir le matériel de cette salle. Plus vous faites de musique spécialisée, plus votre public devient réduit. C'est comme s'enfoncer dans un trou noir, ce qui en soi peut être un signe de singularité et -Pff- et voilà!.
C'est Gail qui s'occupe eu bizeness, elle prend soin de tout ce qui concerne la banque, elle s'arrange avec tout les crédits concernant l'équipement. La maison este son projet, c'est sa composition à elle.
Comment cataloguez-vous vos samples ? par catégories de bruits du genre "bruits de chutes de pare-chocs de voitures" ?
Ce serai plutôt "Industriel"! Oui c'est catalogué. Mais pas seulement çà, je possède maintenant plusieurs dizaines de milliers d'échantillons et vous arrivez à mémorisez leurs noms. Ils ont tous un nom codé sur 8 chiffres. je peux m'asseoir ici et regarder la liste et quand je lis le nom d'un sample je sais exactement à quoi il correspond. Je connais chacun de ces petits bâtards! Je sais même le temps qu'il leur faudra pour atterrir sur le clavier par eux-mêmes! Je sais ce qui est à l'intérieur et à l'extérieur. Etre capable d'écrire de la musique pour ce genre d'univers sonore vos offre beaucoup d'opportunités si vous prenez le temps de les nommer pour les manipuler correctement. On a jamais assez de temps lors d'une session pour finir quelque chose. Parce que plus vous passez de temps dessus, plus vous réalisez que cela pourrait sonner cent fois mieux si cela avait seulement cette nuance ou bien celle-là. Et chaque nuance que vous ajoutez nécessite des heures de travail qui se transforment en jours, en semaines et ainsi de suite... Chacune de ces nuances doit être définie ainsi que l'amplitude de chaque note, si elle nécessite un vibrato ou pas, si cela va s'étendre à la note suivante, tous ces trucs-là. Tout ce qui doit être défini en termes de données numériques, puis transféré sur bandes, puis mixé.Comment savez-vous que cela est terminé ?
Quand j'arrive vraiment à en être malade, j'arrête et "c'est fini!"
.N'avez-vous jamais ressenti cela comme une torture ?
Oh que si! et il y a toute une palette de stades avant ça qui ne sont pas très marrantes non plus!Est-ce un tic dont vous voudriez vous débarrasser ?
Effectivement, cela serait raisonnable mais je ne crois pas que c'est réellement ce que je veux.A mesure que votre savoir-faire augmente, notez-vous des changements dans votre musique ?
Je ne sais pas quoi répondre à ça. C'est bigrement subjectif.Que pensez-vous que soit votre principal défaut?
Je ne sais rien faire de normal.Comme ?
L'ArithmétiqueVous parlez de défauts concernant la façon de vivre ?
Oui et leur équivalence dans la musique. je ne pas composer de contrepoint. Je ne peux pas composer d'harmonie traditionnelle, ce que je veux dire c'est que je deviendrai virtuellement inutilisable. Si je ne pouvais pas m'utiliser moi-même, je perdrais mon job.J'ai écouté quelques-unes de vos pièces orchestrales et j'ai pensé: "Gee, je remarque qu'il s'est inspiré des quelques trucs que j'ai appris au collège".
Je n'ai jamais eu à m'inspire d'eux!.Qu'est-ce qui fait votre force?
Probablement la plus grande des qualités que je possède est mon sens de l'humour.Votre humour semble surtout s'intéresser à l'état de l'humanité au travers de son déclin culturel.
A vrai dire, je ne pense pas en terme de "La crise de l'humanité" parce que tout le monde s'en fout de ma putain de crise alors pourquoi je me soucierais de la leur ? Toutefois je crois que l'adjectif de "misanthrope" n'est pas justifié en ce qui me concerne, pas plus que "misogyne"d'ailleurs. Les choses qui m'intéressent le plus ont à voir avec la connaissance. Cela m'a toujours fasciné. Dire que s'intéresser à la connaissance constitue un constat de crise est subjectif, mais je pense toutefois qu'il est scientifiquement raisonnable de faire quelques constatations sur la connaissance telle qu'on peut l'observer et ce que cela peut vous conduire à certaines spéculations.Vous avez dit une fois que vous n'aviez jamais réussi à fait de bon solo de guitare en studio. N'avez-vous jamais essayé d'en faire ?
Non, mais je fais une exception. Je pense que peut-être "Sleep Dirt" à cause de toutes ses imperfections est un joli petit solo. ( NdT: C'est aussi un des rares morceau de FZ à la gratte sèche- sur l'album du même nom. ) J'ai fait quelques samples de guitare mais j'aurais probablement du en faire plus parce qu'une des choses qui pourrait représenter un ajout stimulant dans ma bibliothèque de samples serait un set entier de notes de ma guitare qui permettrait à la machine de jouer tout le bordel que je ne peux plus jouer avec mes doigts et cependant faire en sorte que cela sonne encore comme ma guitare. Je crois que je mettrai le nez là-dedans un de ces jours.Qu'est devenue la guitare de Miami de Jimi Hendrix ?
Je l'ai donnée à Dweezil (NdT: son fils aîné qui est aussi guitariste)On peut en jouer ?
Bien sûr , elle a été reconditionnée? Fender l'a remise en état!Haïssez-vous certains styles de musique ?
Il y a certaines choses dont je ne raffole pas mais haïr demande pas mal d"énergie. Je ne suis pas féru de musique de cow-boy commerciale ou de country contemporaine, le genre de merde comme " The Slick Willie" et je n'aime pas non plus la musique de salon.
N'avez-vous pas une fois été vous-même un musicien de salon ?
Oui, j'ai eu à faire çà mais à la fin j'ai remis ma gratte dans son étui et je l'ai planquée derrière le canapé sans la toucher pendant un bout de temps je crois me souvenir, c'était à gerber.Voyez-vous l'univers des sons juste comme une palette à partir de laquelle on dessinerai de la musique, même si c'est de la musique de salon qui en l'état actuel des chose vous ferait vous enfuir de cette salle en courant ?
Quand vous adoptez tel ou tel style pour raconter une histoire, tout est bon à prendre. Vous devez disposer des réglages pour les lirics. Si c'est un réglage "Salon" on y va, si c'est "country lisse" on y va. la chose importante à ce moment là est de raconter une histoire. Mais on n'aborde pas l'univers musical comme on aborde celui du son. Ça n'a rien à voir, c'est une autre planète. Le monde du son vous ramène aux marteaux-piqueurs et aux femmes au travail.Vous mentionnez "les dogmes paresseux de l'impossibilité" de Stockhausen.
Effectivement, Stockhausen avait présenté la partition de " Zeitmasse", une pièce pour quintet à vent, à des musiciens qui après avoir examiné toutes ce tas de croches avaient proclamé le morceau injouable. Il leur avait rétorqué qu'il venait d'inventer "Les dogmes paresseux de l'impossibilité"! Une des plus brillantes performance de "Zeitmasse" que je connaisse figurait sur une cassette d'une formation de San Francisco qui l'avait joué lors d'un festival de musique de chambre. En 1983, le gars qui dirige le "San Francisco Chamber Symphony" m'avait invité là-bas pour conduire Varèse. Il m'avait donné une cassette une cassette de "Zeitmasse" et c'était vraiment bon. Le premier enregistrement que la Colombia avait réalisé était plein d'erreurs. Mais laisser moi vous dire quelque chose: Cet Ensemble Modern pourrait jouer toute cette musique les yeux fermés. Cet Ensemble est composé d'un américain vivant en Italie et qui joue du tuba, d'un citoyen suisse, d' un couple de canadien et d'un australien. Et pour un groupe installé à Francfort une majorité d'allemands. Le nombre d'instrumentistes nécessaire à l'exécution de ma pièce est de 25. Il ont du faire appel à quelques musiciens de l'extérieur notamment parce qu'il n'ont pas de joueur de mandoline. L'Ensemble Modern, normalement composé de 14 membres a été augmenté d'un percussionniste dons au total nous avions trois percussionnistes, une guitare, une mandoline, deux harpes (dont une qui double le piano), un piano qui double le célesta, cinq instruments à vent, cinq violons et sept cuivres. Cette formation existe depuis 10 ans environ et ils sont indépendants. Ils est piloté par un Directoire élu de trois musiciens qui s'occupent des problèmes de décisions esthétiques concernant notamment le choix du répertoire et le calendrier des représentations. Pour rester dans le groupe, il faut être réélu chaque année. Si vous foirez, vous êtes virés.Pas de bail!
Pas de bail, et il y a une longue liste d'attente de musiciens postulants. Ils donnent environ 100 concerts par an partout dans le monde et c'est un boulot à plein temps. Ces gars ne sortent pas et do jingles dates et pourtant aucun d'entres-eux ne gagne beaucoup d'argent. Ils semblent tous avoir un genre de vie économiquement à la limite de la marginalité. La moitié va répéter en vélo sous la pluie, la boue ou la neige.Un engagement total.
Et ils peuvent jouer, c'est incroyable.Sont-ils jeunes, âgés ou c'est mélangé ?
Plutôt jeunes.Comment avez-vous entendu parler d'eux ?
J'ai été contacté par un gars nommé Henning Lohner qui possédait un documentaire sur moi qui n'a jamais été diffusé aux States mais l'a été en Europe. C'est vraiment le type du gars sérieux. Henning connaissait un type, le Dr Dieter Rexroth qui conduisait le Festival de Francfort et était aussi le directeur de l'Institut Hindemith. Le Dr Rexroth, en dépit du fait qu'il ne parle pas l'anglais, est un grand fan de mon travail et Henning lui a suggéré qu'il m'invite à venir faire quelque chose de spécial pour le festival. Aussi m'ont-ils envoyé une proposition de budget qui s'est révélé insuffisante et je les ai remerciés. Ce qu'il voulait était impossible. Quelques mois ont passé et j'ai reçu un autre appel pour me dire qu'ils désiraient vraiment me voir m'investir dans leur festival et si je voulais rencontrer ces musiciens de l'Ensemble Modern et ils m'ont envoyé plusieurs CDs qu'ils avaient réalisés pour un label germanique. J'ai été vraiment surpris car c'était résolument de bons disques. Ils avaient enregistré une musique de Kurt Weil les sélections n'étaient pas très connues, quelques-unes avec des voix et l'enregistrement était de qualité, la performance unique. Nous avons finalement trouvé un arrangement et j'ai réalisé finalement qu'ils voulaient vraiment faire cela avec moi. Je ne savait pas que cette décision ne venait pas simplement du directeur du festival, c'était aussi le choix des musiciens d'investir leu temps et leur énergie dans ce projet. Les musiciens eux-mêmes désiraient faire a chose. Vous réalisez que dans de telles circonstances, quoique vous ayez composé, ils vont se défoncer à jouer ça.
Au point ou j'en était je leur ai demandé pourquoi ne pas participer à l'élaboration pendant que vous y êtes ? Pourquoi ne pas venir à Los Angeles durant deux semaines et je pourrais répéter avec vous comme on peut le faire avec n'importe quel groupe de rock'n roll ? Et c'est e qui s'est passé. Nous avons répété, enregistré quelques improvisations, des samples avec la totalité du groupe et d'autres avec les musiciens en solo, des choses qui n'existaient pas sur le papier et qui n'étaient pas prévues au départ.Combien de temps sont-ils restés ?
Deux semaines entières. Et il faut mentionner le fait que neuf d'entres-eux n'ont rien eu à payer durant ce temps-là.Ils étaient vraiment faits pour vous!
I ln'y avait rien qu'ils ne veuillent essayer. Si nous tendions vers un certain résultat musical tout le monde était d'accord. Le parfait exemple est qu'ils étaient tellement attirés par l'expérimentation sonore qu'ils voulaient tout expérimenter, jusqu'à maltraiter leurs instrument: les joueurs de cor français étaient assis frottant le pavillon de leurs instruments sur le sol et quand on connaît le prix de ces instruments! Même si j'avais disposé de la crème des musiciens d'Hollywood, à aucun prix je n'aurai pu obtenir de tel sons.Et ils n'auraient certainement jamais voulu exécuter de telles choses.
L'autre grand son a été - il y en avait deux qui jouaient du didgeridoo - la première était une australienne qui était joueuse de aubois. Un après-midi, j'ai imaginé ce que pourrait être l'énorme son que l'on pourrait créer en jouant du didgeridoo trempé dans une tasse de café partiellement remplie. Je lui ai demandé si elle acceptait la chose et comme elle a été d'accord, laissez-moi dire.. c'était vraiment dégoûtant. Ça m'a fait tellement rire que j'ai du quitter la pièce.Cela voulait-il dire qu'ils formaient un groupe brillant, très drôles à diriger ?
Ils sont très sérieux pourtant. Les rires qu'ils ont sont de type germanique, vous voyez ce que je veux dire ? C'est comme si tout avait un autre éclairage grâce à cet autre type d'humour, les choses bénéficiaient d'une autre perspective. De toute façon savez-vous ce qu'il advient si vous prenez une paille et que vous souffliez dans le contenu d'une bouteille de coke à moitié rempli ? Imaginez une paille avec un diamètre d'un pouce et demi/ deux pouces, cela garde une résonance due au bois. Vous voyez le son qui sort d'un didgeridoo ? Ce bruit ressemble à un vrombissement circulaire grave de respiration nasale. Si vous placez n'importe quoi qui puisse produire ce bruit dans un liquide vous obtenez la tonalité et les bulles en même temps. C'est pas mal dégueulasse mais c'est fascinant.Combien en avez-vous mis dans ce nouveau projet ? Est-ce une petite ponctuation occasionnelle ou est-ce que cela fera parti du thème ?
Elle va avoir son solo!Est-ce qu'elle est au courant ?
Bien sûr, tous autant qu'ils sont du moment où ils investissaient leur temps libre pour mener à bien ce projet. Elle devait partir à la veille de la dernière représentation et j'ai vérifié que j'avais bien la totalité de son interprétation de samplée avant de la laisser partir. Je l'ai bien remerciée pour son intervention avant de lui faire mes adieux et la soirée suivante nous avons donné notre dernier concert. Et elle était revenue! elle avait annulé son vol parce que ça l'amusait vraiment trop! A la fin du truc elle a dit: "De toue ma vie musicale, je ne me suis jamais autant amusée que durant ces deux dernières semaines, à travailler sur ça." J'étais stupéfait parce que cela représente beaucoup d'heures d'un dur labeur.Vous leur permettez d'être créatifs, vous utilisez le meilleur de leurs qualités, de dépasser leurs limites dans des domaines où ils n'auront certainement plus la chance d'expérimenter.
Effectivement, la première étape est de trouver ce qu'ils pourraient être capables d'improviser. La plupart des musiciens issus de cette "famille" ne le font jamais. Pour la première fois de leur vie ils ont la chance de jouer un solo et passent de la terreur à l'extase.Vous leur avez donné cette opportunité. Vous avez la réputation d'être le mentor de jeunes talents et/ou l'accoucheur de la carrière de musiciens auparavant inconnus. D'où cela vient-il ?
Je pense que cela a à voir avec les fractals. Plus je réfléchis aux fractals, plus les fractals se mettent à ressembler précisément de ce que je fais.C'est-à-dire ?
Well... si vous tentez de séparer l'ordre du chaos, c'est un peu présomptueux!, que vous teniez l'ordre dans une main et que dans l'autre vous teniez le chaos, la théorie des fractals tombe à pic entre ces deux attitudes. Rythmiquement, si vous divisez l'univers sur une base de deux ou trois, c'est ce qui ce passe fondamentalement dans le domaine de la subdivision rythmique, on peux dire que jusqu'à un certain point vous êtes en train de rater le bateau, le bateau fractal. A l'inverse des divisions par deux ou par trois groupées en onze ou en treize ou quoi que ce soit d'autre, si vous pouvez imaginer des relations de quelques micro-secondes comme étant des éléments réels des polyrythmes, vous aurez une idée plus proche de la façon dont je vois les choses. Ensuite si vous vous voulez, vous pouvez transposer cela au domaine anthropologique. Comment pourrais-je être, comme vous dites, un mentor pour ce genre de personnes ? cela semble seulement dire que l'avantage est en ma faveur, que si je persiste à faire ce que je suis en train de faire, nous nous rencontrerons.
Vous avez déclaré une fois que les auditeurs acceptent plus volontiers les polyrythmes dans votre musique et la musique africaine qu'il n'acceptent la dissonance. Pourquoi ce type d'harmonie ne semble pas faire autant l'unanimité ?
La musique rap devrait apporter une fin à tout cela. Pensez à cela. Pourquoi la parole est elle aussi merveilleusement consonante ? Il est courant, pour obtenir un produit correct destiné aux médias ou simplement quelque chose d'audible de passer par la saturation de la consonance. Et malgré le fait que la musique rap ne s'embarrasse pas de combinaisons harmoniques majeures ou mineures, elle compose certainement avec la dissonance.
C'est vrai,vous avez vous même expérimenté beaucoup de chose avec le parlé phrasé, comme ce morceau ou Steve Vaï double votre voix.
Oh oui sur " Dangerous Kitchen", c'est sur ce morceau où il avait écrit... bref je dois appeler ça du scat parce qu'il n'existe aucune autre façon de nommer cela. Il y avait la même chose sur "Jazz Discharge Party Hats". Stevie l'avait transcrit puis appris à la guitare et ensuite reproduit pour l'enregistrer. Cependant je pense que le meilleur autre exemple en ce qui concerne l'expression parlée pourrait être "Dumb All Over".
Pourquoi sommes-nous plus ouverts à l'écoute de rythmes bizarres que nous le sommes pour de bizarres harmonies ?
Retournons le raisonnement, les gens sont capables d'assimiler des harmonies vraiment bizarres quand elles sont accompagnées par une image appropriée.Un peu comme dans les films d'horreur quand l'égorgeur maniaque est sur le point de surgir ?
ExactementCela doit être traduit visuellement ?
La société est saturée en permanence par des données visuelles et la musique qui accompagne ces images reste dans nos tissus, un peu comme la Dioxine. Quand vous reconnaissez le style de musique "égorgeur" c'est parce que vous reconnaissez sa texture, que vous reconnaissez l'harmonie "égorgeur".Formulons-çà autrement :est-ce que les créateurs de films créent l'image en fonction de la bande-son ?
Ce qui est sûr , c'est que si j'avais à travailler sur un film d'horreur ce serait certainement plus angoissant que la merde qu'il collent habituellement dessus! Je pense que le pinacle, le truc que tout le monde a copié depuis que cela est devenu la référence en matière de film de Psychokiller est le SQUEAK, SQUEAK, SQUEAK de "Psychose". La plupart des films à la recherche de moments tendus ont utilisé le gamme du SQUEAK, SQUEAK, SQUEAK à travers le filtre grand ouvert d'une note basse de Minimoog.Sans vraiment s'en écarter.Comment pensez-vous que Schubert réagirait en s'apercevant que "La Symphonie Inachevée" est devenue le thème des Smurfs ?
Et qu'est ce que serait la réaction du public américain s'il connaissait l'origine des Smurfs. Il y avait une publicité pour British Petroleum. Quand nous sommes venus pour la première fis aux Pays-Bas avec les Mothers version Mark & Howard en '70 ou '71, tout l'espace était comblé par ces putains de pubs Smurfs de BP. Et la blague du groupe était "Smurf mee" parce que c'était ce que reprenait le slogan sur les panneaux d'affichage. "Smurf me" épelé "m-e-e". Je ne sais pas ce que cela veut dire. Parti de là, nous avons maintenant toute une famille de Smurfs avec leur propres personnalités. D'après Ahmet (le 3eme fils de FZ) qui a vu une émission à la TV, le gars qui faisait la voix d'un des Smurfs se prenait tellement au sérieux que cela dépassait l'entendement.Ce sont nos héros culturels et cela me ramène à parler des guitar-heroes et pourquoi deviennent-ils des portes-flingues. Pendant vos tournées, avez-vous vu des guitaristes jouer à l' "air-guitar"?
Bien sûr.
Qu'est-ce que cela et pourquoi le filles ne le font pas ?
Une des raisons est que leur poitrine les en empêche- la même raison pour laquelle on a pas vu des tonnes de filles guitaristes avant qu'elles ne s'y mettent très discrètement. Je pense que c'est probabement à cause que les filles sont trop soucieuses de leur élégance pour jouer de la guitare dans le vide. S'il y a une chose que le mouvement de libération de la femme pourrait avancer pour prouver l'infériorité du sexe masculin, c'est le très petit nombre de femmes de femmes qui jouent de l'air-guitar.Nous n'avons pas parlé de votre business. D'après ce que j'ai cru comprendre Gail et vous pilotez tout ?
Il y a trois bureaux dans la maison. Il y a un escalier dans la chambre qui conduit au premier, où ou je prend des notes et me consacre aux travaux d''écriture. Gail a son bureau et il y en a un autre juste où l'on franchit la grille que nous utilisons pour les transactions téléphoniques et ce genre de choses. Nous avons un labo, un studio, un local de production et trois caves pour l stockage de bandes et de films. Nous avons tout à disposition à la maison. Il y a deux autres batiments situés à San Fernando Valley, un d'eux est "Le Garage à Joe" (Joe's Garage) qui sert aux répétitions. Et puis ilm y a notre entrepôt où nous stockons tout notre équipement et ce genre de choses. C'est Gail qui manage tout çà.Quand vous est-il venu à l'idée de vous occuper vous-même de tout cela ?
Il y a un certain hose-job factor là-dedans mais en réalité c'est juste du bon-sens pour un meilleur business.Qu'y a-t-il dans l'imense cave en bas des escaliers ?
Depuis le début des années '70 j'ai collecté chaque interview, chaque bout de fim de performance, tout ce qui a été fait de part le monde et dont je pouvais retitrer une copie. Puis il y a tout les chutes de "Baby Snakes", les archives de toute la documentation de ce qui s'est fait en Europe et partout ailleurs. Puis il y a les videos- tous les formats de la bande 2 pouces à la vidéo numérique en passant par tous les formats intermédiaires. Plus tous les masters, toutes les bandes des tournées et la totalité des bandes 1/4 de pouce originaires de Cucamonga. Les bandes audio remontent jusqu'à 1955.Vous avez été soucieux très tôt de la conservation des choses et de leur archivage.
Etre maniaco-dépressif est une chose mais archiver en est une autre.Pour quelqu'un d'autre cela passerait pour du ménage infernal.
En fait la cave est très bien ordonnée. Moi seul sait où tout se trouve!. Tout est rangé de telle manière que n'importe qui même désirant y trouver quoique que ce soit aurait besoin d'une année entière pour le faire, et encore il aurait besoin d'un générateur de code-barres! Même un interne studieux ne pourrait savoir quoi foutre avec tout ça, because beaucoup de ces bandes de concerts n'ont jamais encore été écoutées. Cartaines sont restées scéllées depuis leur retour de tournée. Et c'est aussi simple que celà: pour les classer il faut les avoir entendues. Et quel laborentin studieux peux éventuellement comprendre ce qu'il écoute ?
Et toutes les "notes" mentales que j'ai à propos de ces bandes ne concerne pas seulement leur identité mais surtout où se trouvent les bonnes versions. La seule alternative qu'il vous reste pour venir à bout de tout ce matériel dispersé passe inévitablement par l'art du processus de classification de chaque chose, regrouper les bonnes prises ensemble, les nommer puis passer à une autre archive.Vous sentez-vous frustré par le fait qu'il vous est impossible de faire ces choses aussi vite que vous le voudriez ?
Oui. Laissez-moi vous l'expliquer autrement. Si je le pouvais, je laisserais mon studio branché 24 heures sur 24! En ce qui concerne les choses qui peuvent être faites au studio, pas mal d'entres elles ne reclament nécessairement pas ma présence avec l'ingénieur du son dans la pièce de contrôle. Il suffit que je donne mes instructions et parce que la table de mixage est automatisée, une fois que vous avez fait un mix tout ce qu'il lui reste à faire est de retourner en arrière, d' agir sur deux potentiomètres et de je redémarrer, ça ne perd pas de temps.
Mais l'ingénieur avec lequel je travaile en ce moment , Spence, est un vrai mutant : n'en déplaise que ce gars comprenne la vieille technologie analogique passe encore - il est resté un "vinyl guy" à la maison et c'est aussi le genre de mec qui adore les amplis à lampes et tous ces genres de trucs - mais il sait comment opérer avec un équipement d'enregistrement numérique. Il est à l'aise avec le Sonic Solutions, il peut souvent intervenir sur l'aspect du Synclavier qui fait interface avec les systèmes d'enregistrement. Je pourrais très bien lui demander: " Renforce cette séquence, fait çà, çà ou çà" et il saurait comment faire toutes ces choses. J'aurais besoin de trois gars comme lui pour les faire bosser en 3/8!.
Mais je devrais êtrecontent de pouvoir l'avoir 10 heures par jour et ce, 4 jours par semaine. Vous savez à la fin de la journée, quand il est sur le point de rejoindre sa femme, je me dis: "Et bien bien voilà, on a quand fini par en venir à bout." Il y a de quoi devenir dingue, mais d'un autre côté ce n'est pas sûr que j'obtiendrais "le bon résultat" en embauchant un paquet de mecs. En outre, mes gars ont tous des personnalités originales. Todd est vraiment un personnage unique et mystérieux. Pareil pour Dondorf et c'est la même chose avec Chrislu. Par bonheur, tout le monde s'entend bien. Et c'est très amusant d'être dans la même pièce que ces trois gars essayant de mener une conversation. Je prend beaucoup de plaisir à celà. FZ